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Sur l’Altiplano bolivien, les paysans durcissent le ton
Depuis 40 jours, des centaines de paysans bloquent les routes en Bolivie. À Tilata, ils réclament la démission du président Rodrigo Paz, qu’ils jugent…


Depuis 40 jours, des centaines de paysans bloquent les routes en Bolivie. À Tilata, ils réclament la démission du président Rodrigo Paz, qu’ils jugent incapable de faire face à la pire crise économique depuis quatre décennies.
Sur la place de Tilata, dans la province d’Ingavi, les ponchos rouges sont de sortie. Les paysans, rassemblés en assemblée syndicale appelée cabildo, laissent éclater leur colère. Une pierre lancée vers l’estrade témoigne de leur impatience. Certains crient des insultes en direction du président. « Nous voulons qu’il parte. Nous ne cesserons pas les blocages tant que ce gouvernement incapable ne sera pas parti », explique une dirigeante paysanne de 42 ans. Autour de la place, des hommes mâchent de la coca, fouet en bandoulière, et portent l’inscription « Police syndicale » sur leurs chapeaux. L’ambiance est tendue, déterminée.
Les blocages se multiplient sur les routes de la région. Des barrages de pierres, de troncs et de débris empêchent le passage. Les véhicules qui circulent arborent la wiphala, le drapeau des peuples andins, comme un sauf-conduit. Les paysans, à l’origine de la majorité des barrages, ont été rejoints par des mineurs, des transporteurs et des enseignants. Tous dénoncent le virage néolibéral qu’ils attribuent à Rodrigo Paz. Les villes subissent les conséquences : les prix des produits alimentaires ont doublé, l’oxygène manque dans les hôpitaux et les automobilistes patientent parfois plusieurs jours pour faire le plein. À La Paz et à El Alto, les pénuries persistent.
Malgré une légère baisse du nombre de points de blocage, passés d’une centaine à une cinquantaine, la détermination des manifestants reste intacte. Le principal dirigeant de la fédération paysanne Tupac Katari affirme que le gouvernement cherche à les épuiser avec des promesses vides. « Le peuple s’est levé et a exigé, sous forme d’ultimatum, la démission du président », ajoute-t-il. Rodrigo Paz, de son côté, multiplie les appels à la négociation, mais ses propositions sont accueillies avec scepticisme. Son gouvernement accuse même les contestataires d’être des « narcoterroristes » liés à l’ancien président Evo Morales, visé par un mandat d’arrêt dans une affaire de traite de mineure.
Les paysans rejettent ces accusations. « En tant qu’indigènes, en tant que femmes en pollera, nous sommes persécutées », déclare une avocate et dirigeante paysanne de 43 ans, vêtue de la jupe traditionnelle des femmes andines. Elle insiste : leur lutte vient de leurs ancêtres, pas d’une allégeance à Evo Morales. Les discussions se poursuivent dans les vingt provinces du département de La Paz pour arrêter une position commune. Mais sur la place de Tilata, peu sont prêts à baisser les bras. Les blocus continuent et le mot d’ordre reste clair : le président doit partir.
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