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Sous les futurs chantiers du canal Seine-Nord, des archéologues exhument 300 000 ans d’histoire à la pelle
Avant que les bulldozers n’entament le gigantesque chantier du canal Seine-Nord Europe, une armée d’archéologues fouille le terrain. Leurs découvertes…


Avant que les bulldozers n’entament le gigantesque chantier du canal Seine-Nord Europe, une armée d’archéologues fouille le terrain. Leurs découvertes pourraient réécrire des chapitres entiers de notre passé.
Ce n’est pas tous les jours qu’on déterre des tombes mérovingiennes, des défenses de mammouth et des statuettes vieilles de 6 500 ans sur un même tracé. Pourtant, c’est ce qui se passe actuellement dans la Somme, à Etricourt-Manancourt, sur le futur passage du canal Seine-Nord Europe. Ce projet colossal, long de 107 kilomètres, doit relier la Seine aux ports de la mer du Nord. Mais avant de creuser le lit du canal, la loi impose des fouilles archéologiques préventives. Et là, les scientifiques se frottent les mains.
La largeur du futur canal dépasse par endroits celle d’une autoroute, et sa profondeur atteindra jusqu’à trente mètres. Une aubaine pour les archéologues, qui peuvent accéder à des couches de sol normalement inaccessibles. Des silex taillés et des défenses de mammouth vieux de plus de 300 000 ans ont déjà été retrouvés. Du Paléolithique à l’époque mérovingienne, toutes les périodes sont représentées. L’une des pièces maîtresses est une statuette en argile surnommée la « Dame de Villers-Carbonnel », datée du Néolithique moyen. C’est la seule représentation humaine complète connue en France pour cette époque.
Ces fouilles sont entièrement financées par la Société du Canal Seine-Nord Europe, à hauteur de 110 millions d’euros pour la seconde tranche. Trente-cinq opérations ont été lancées depuis 2020, dont huit en cours qui mobilisent une centaine de personnes. Les archéologues travaillent en amont des travaux pour ne pas ralentir le chantier, prévu pour 2032. Mais ils doivent aussi se prémunir contre les pilleurs, qui utilisent des détecteurs de métaux pour dérober des vestiges. Une villa gallo-romaine découverte à Noyon en 2010 a ainsi été pillée, poussant les équipes à installer de la vidéosurveillance sur les sites sensibles.
Sur le terrain, chaque geste compte. Près des tombes mérovingiennes d’Etricourt-Manancourt, un archéologue photographie un pot en céramique encore enfoncé dans la terre, à côté d’un crâne aux orbites vides. Il prélève l’objet avec soin, le met sous sac plastique, puis passe au suivant. L’objectif est clair : sauver ces témoins du passé avant que la lame du bulldozer ne les réduise en miettes. Mais le travail ne s’arrête pas là. Toutes ces données collectées représentent des années de recherche à venir. Comme le résume un responsable des fouilles, « on n’est qu’au début du temps scientifique ».
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