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Rangoun la nuit tombe les jeunes dansent mais la peur reste

Malgré la levée du couvre-feu, les nuits de Rangoun restent marquées par une inquiétude profonde. Entre fêtes électrisantes et crainte des arrestations…

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Rangoun la nuit tombe les jeunes dansent mais la peur reste

Malgré la levée du couvre-feu, les nuits de Rangoun restent marquées par une inquiétude profonde. Entre fêtes électrisantes et crainte des arrestations, la jeunesse birmane oscille entre besoin de liberté et survie.

Ils sont là, dans l’air enfumé de la boîte de nuit, les tympans portés à 150 décibels par les DJ sets. Les lasers traversent la salle. Pourtant, certains somnolent sur les canapés. La fête peut être intense, mais elle ne coupe pas la fatigue accumulée. Celle d’une vie sous pression. Le couvre-feu imposé par la junte depuis le coup d’État de 2021 a été levé à la veille des élections de décembre. Mais dans les faits, la nuit n’a pas retrouvé son insouciance. Les jeunes hésitent à rentrer chez eux. Un habitué de 29 ans, qui préfère rester anonyme, explique que beaucoup ont pris l’habitude de traîner jusqu’à l’aube avant de regagner leur logement. Une routine née de la peur.

Cette peur n’est pas un simple vague à l’âme. Elle est chiffrée par l’ONU. Depuis le putsch, la proportion de jeunes qui se sentent en insécurité en marchant seuls la nuit a plus que doublé, pour atteindre 40 %. Les motifs sont concrets. La crainte d’une détention arbitraire. Celle d’un enlèvement par l’armée pour la conscription. La guerre civile ne s’est pas arrêtée, et le pouvoir reste aux mains des généraux. Malgré un nouveau gouvernement présenté après un scrutin largement contrôlé, la vie nocturne reste prisonnière d’angoisses profondes. Les rues se vident tôt. À minuit, seuls les chiens errants animent certains quartiers. La célèbre 19e rue de Chinatown est l’une des rares artères encore animée le week-end, mais elle se dépeuple bien avant l’aube.

Les lieux de fête se sont déplacés. Vers le nord, dans le quartier de Sanchaung, ancien bastion des manifestations prodémocratie. Là, les DJ continuent à mixer, même quand le couvre-feu était encore en place. Un DJ de 31 ans raconte que les autorités savaient mais ne stoppaient personne. Une forme de calcul. Tant que les jeunes dansent, ils ne rejoignent pas la résistance. Mais cette liberté sous condition a un prix. Les drogues festives explosent. Kétamine, ecstasy, cocktails « happy water » aux dosages imprévisibles. Un mélange de stimulants et de sédatifs qui anesthésie les corps et les inquiétudes. Une chanteuse, Sae Sar, dit que ses fans sont fatigués toute la journée. Garder toutes ses émotions à l’intérieur, selon elle, peut causer beaucoup de problèmes. Alors on danse. On oublie. Mais on ne dort jamais vraiment tranquille.

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