Société
Le français vacille à l’université, les facs passent à l’action
Face à une baisse jugée « phénoménale » du niveau en langue française chez les nouveaux bacheliers, de plus en plus d’universités mettent en place des…


Face à une baisse jugée « phénoménale » du niveau en langue française chez les nouveaux bacheliers, de plus en plus d’universités mettent en place des modules obligatoires de rattrapage. Une tendance qui interroge sur les inégalités sociales et l’efficacité des outils numériques.
À Paris-Est Créteil, le constat est sans appel. Le vice-président chargé de la formation, Arnaud Thauvron, parle d’une chute du niveau qui fait consensus parmi ses collègues. Les difficultés sont multiples. Les étudiants peinent à comprendre les énoncés. Ils juxtaposent des idées sans les relier. Ils confondent cause et conséquence, exemple et argument, indicatif et conditionnel. Bref, la syntaxe et la logique du discours écrit s’effondrent.
Pour endiguer le phénomène, les universités multiplient les outils numériques. La plateforme publique écri+ est aujourd’hui utilisée par une trentaine d’établissements et environ 200 000 étudiants. Développée depuis 2018 avec l’Agence nationale de la recherche, elle propose des exercices en autonomie, parfois suivis de cours en présentiel. L’objectif est clair toucher la masse des étudiants sans augmenter les effectifs enseignants. Le taux d’encadrement baisse, le numérique permet de compenser, explique Jean-François Caulier, vice-président de Paris-1 Panthéon Sorbonne.
Mais tous ne voient pas cette généralisation d’un bon œil. Certains spécialistes alertent sur le risque de discrimination sociale. La maîtrise de l’écrit est directement liée au milieu social d’origine, rappelle Christophe Benzitoun, directeur du département des sciences du langage à Nancy. Si l’on met la pression sur l’orthographe et la grammaire, on risque de pénaliser les étudiants les moins favorisés, alors même que l’université a vu ses effectifs exploser, passant de 215 000 inscrits en 1960 à 1,7 million aujourd’hui.
Face à cette réalité, les établissements avancent chacun à leur rythme. À Sorbonne Université, un test de français est obligatoire depuis deux ans pour tous les entrants en licence, en lettres comme en sciences. Les résultats déterminent le nombre d’heures de formation à suivre sur écri+. À partir de septembre, l’Upec imposera elle aussi un module de français à valider pour tous les étudiants de licence, quel que soit leur cursus. Une évaluation sur table viendra sanctionner le travail en ligne.
Du côté des plateformes privées, le Projet Voltaire revendique 900 établissements clients et 500 000 utilisateurs dans le supérieur. Son président, Philippe Armand, estime que la demande des employeurs pour une bonne expression écrite et orale ne faiblit pas, même à l’ère de l’intelligence artificielle. Pourtant, aucune étude d’ampleur n’a encore mesuré l’efficacité réelle de ces outils. Les professeurs, eux, restent libres de pénaliser les fautes dans les copies, sans barème précis. Une maîtresse de conférences à Sorbonne Université résume le problème les fautes d’orthographe sont une chose, mais les erreurs de syntaxe nuisent directement à la clarté du raisonnement. Et sans clarté, pas de bonne note.
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