Société
Un cri d’alarme sur une justice submergée
La mort de Lyhanna a mis en lumière un système judiciaire qui craque. Des procureurs racontent un raz-de-marée de dossiers où il devient impossible de…


La mort de Lyhanna a mis en lumière un système judiciaire qui craque. Des procureurs racontent un raz-de-marée de dossiers où il devient impossible de choisir une affaire prioritaire parmi des milliers d’urgences.
Le constat est brutal. Chaque jour, les parquets français croulent sous une montagne de procédures. Plusieurs magistrats décrivent une machine qui tourne à plein régime sans jamais pouvoir rattraper son retard. Un procureur évoque des centaines, voire des milliers d’affaires à traiter. Les viols sur mineurs, les agressions sexuelles, les violences intrafamiliales sont toutes considérées comme prioritaires. Mais quand tout est prioritaire, plus rien ne l’est vraiment. Le problème ne vient pas seulement des juges. Les enquêteurs manquent cruellement d’effectifs. Sans eux, les dossiers s’empilent. À l’échelle nationale, on atteint 3,6 millions de procédures. Certaines plaintes ne remontent même pas jusqu’au parquet.
Face à cette marée, les procureurs doivent faire des choix douloureux. Il faut repérer les affaires les plus graves et les traiter en premier. Mais cela signifie laisser les autres de côté, parfois pour longtemps. Un magistrat parle de « priorisation encore plus fine ». Concrètement, cela veut dire qu’une plainte pour viol peut passer après une autre, si elle semble moins urgente. Et pour les dossiers moins sensibles, le traitement sera « en mode dégradé ». Personne ne peut tout faire. Après la mort de Lyhanna, le garde des Sceaux a appelé à une mobilisation générale. Mais comment appliquer une nouvelle priorité quand les effectifs sont déjà sous tension ? Dans certains tribunaux, un poste de magistrat annoncé pour juillet 2025 ne sera pourvu qu’en septembre 2026. Un an de vide. Les greffes aussi souffrent. Et quand un attaché de justice part, son remplacement peut prendre au moins quatre mois. Ces postes sont pourtant essentiels pour traiter les violences intrafamiliales.
Les magistrats pointent aussi une contradiction. D’un côté, l’État leur demande d’être plus sévères, de multiplier les poursuites. De l’autre, il exige de lutter contre la surpopulation carcérale. Or plus on condamne à de la prison, plus les prisons se remplissent. C’est un cercle vicieux. En 2025 et 2026, des dizaines de circulaires ont fixé des objectifs : narcotrafic, violences intrafamiliales, atteintes aux élus, environnement. Chaque nouvelle priorité s’ajoute aux précédentes sans moyens supplémentaires. Un procureur résume le paradoxe : il devient « difficile de distinguer une super-priorité parmi les priorités des supers-priorités ». Le système est saturé, et chaque nouveau drame rappelle que la justice ne peut pas tout, même quand elle veut bien faire.
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