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L’Europe puissance le grand pari inachevé de Macron

Emmanuel Macron a vu juste avant les autres sur la nécessité d’une Europe forte et indépendante. Mais son ambition s’est heurtée à la réalité du pouvoir…

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L'Europe puissance le grand pari inachevé de Macron

Emmanuel Macron a vu juste avant les autres sur la nécessité d’une Europe forte et indépendante. Mais son ambition s’est heurtée à la réalité du pouvoir et à ses propres erreurs.

Depuis des années, le président français martèle la même idée. L’Europe doit devenir une puissance qui ne se laisse pas dicter sa conduite par Washington ou Pékin. Ce discours, tenu dès 2017 à la Sorbonne, l’a longtemps fait passer pour un rêveur. Puis les crises se sont enchaînées. Le Covid, la guerre en Ukraine, et surtout le retour tonitruant de Donald Trump à la Maison Blanche ont donné raison à ses intuitions. En janvier, une simple paire de lunettes de soleil et un « for sure » prononcé avec l’accent français ont suffi à faire de lui la voix de la résistance européenne face à l’Amérique brutale de Trump. Une image forte, presque virale, qui a conforté sa stature de leader du Vieux Continent.

Mais le chemin entre la vision et les actes est semé d’embûches. Macron a beau avoir gagné la bataille des idées, comme le disent certains experts, il n’a pas réussi à transformer son intuition en décisions collectives. Ses partenaires européens saluent sa vision mais pointent un problème de crédibilité. La France est affaiblie politiquement et budgétairement, ce qui limite sa capacité d’entraînement. Le projet d’avion de combat franco-allemand Scaf a capoté. L’idée d’un endettement commun pour financer des investissements massifs bute sur le refus de Berlin. Bref, la souveraineté européenne chère à Macron reste largement un concept, pas une réalité opérationnelle.

Sur le fond, le président a aussi commis des erreurs tactiques qui ont écorné son image. Il a longtemps ménagé Vladimir Poutine, n’a pas anticipé l’invasion de l’Ukraine en 2022, puis a agacé Kiev et les pays de l’Est en évoquant la nécessité de ne pas « humilier » la Russie. Au Proche-Orient, son positionnement a été jugé flou trop pro-israélien après le 7 octobre pour certains, trop pro-palestinien pour d’autres. Le fameux « en même temps » macronien a souvent rendu sa diplomatie illisible. Aujourd’hui, en fin de mandat, il tente de garder Trump au plus près, quitte à avaler des couleuvres, tout en multipliant les coalitions de volontaires pour l’après-guerre en Ukraine ou la sécurité maritime. Autant d’initiatives qui restent encore en suspens, comme le bilan d’un homme qui a peut-être eu raison trop tôt.

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