Monde
Bangladesh sous pression l’Inde mène une chasse aux migrants à la frontière
Depuis plusieurs semaines, les gardes-frontière bangladais sont sur le pied de guerre. L’Inde vient de lancer une vague d’expulsions massives qui ravive…


Depuis plusieurs semaines, les gardes-frontière bangladais sont sur le pied de guerre. L’Inde vient de lancer une vague d’expulsions massives qui ravive les tensions entre les deux voisins.
Au Bangladesh, l’alerte est maximale. Les hommes de Mahmudul Hasan, commandant des gardes-frontière dans le sud du pays, veillent jour et nuit. Le 21 mai, puis le 23, le 26 et encore le 31, des groupes de personnes ont été poussés vers leur côté de la frontière. Chaque fois, ils ont été repoussés. Mais l’officier le sait, d’autres tentatives se préparent. En cause la récente victoire électorale du parti nationaliste indien BJP dans l’État du Bengale occidental. Les nouveaux maîtres de cette région de plus de 100 millions d’habitants, dont un tiers de musulmans, ont promis d’identifier, arrêter et expulser tous ceux qu’ils considèrent comme des clandestins.
Concrètement, le Bangladesh n’accepte que les retours de ses propres citoyens, après vérification de leur nationalité. Mais pour les autres, c’est le refus. En un mois, près de 5 000 personnes ont déjà été expulsées de l’Inde et 800 placées dans des centres de détention. La société civile du Bengale occidental dénonce un ciblage délibéré des populations de langue bengali, souvent musulmanes. Dans les villages bangladais proches de la frontière, la peur grandit. Mohammad Ismail Hossain, un habitant de 66 ans, craint que la situation ne dégénère en conflit armé. Des civils sans défense se retrouvent pris entre deux feux.
Les traversées illégales sont pourtant ancrées dans l’histoire de cette région. Avant 1971, le Bangladesh faisait partie du Pakistan oriental, et les mouvements de population entre l’Inde et le Pakistan sont courants depuis la partition de 1947. Beaucoup ne considèrent pas le passage de la frontière comme un crime. Ils partent pour trouver du travail ou rejoindre leur famille. Mais les réseaux criminels en profitent. Des ouvrières du textile ont été attirées en Inde par de fausses promesses de salaires et se sont retrouvées piégées dans des maisons closes.
Les incidents se multiplient le long des 4 000 kilomètres de frontière. Un jeune Bangladais, Mohiuddinn, raconte avoir été frappé à l’œil avec la crosse d’un fusil par des gardes indiens, puis blessé par balle au doigt. Son petit doigt a dû être amputé. Il ne comprend pas une telle violence. Sumi Khatun, une adolescente de 14 ans, témoigne du drame de sa famille née en Inde. Quand ils ont voulu rentrer au Bangladesh, sa mère et son frère ont été arrêtés et emprisonnés. Aujourd’hui, le père est enterré à Delhi, la mère est dans une prison indienne, le frère dans une autre, et les deux sœurs se retrouvent seules au Bangladesh. Elle supplie qu’on lui rende sa famille pour pouvoir vivre à nouveau tous ensemble.
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