Faits Divers
Nouvelle-Calédonie un non-lieu qui ravive les tensions
Le leader indépendantiste Christian Tein et treize autres militants kanak sont totalement blanchis par la justice, deux ans après les émeutes qui ont…
Le leader indépendantiste Christian Tein et treize autres militants kanak sont totalement blanchis par la justice, deux ans après les émeutes qui ont secoué l’archipel. Mais le parquet a immédiatement fait appel, refusant de laisser ce dossier se refermer.
C’est un rebondissement judiciaire inattendu dans la crise la plus violente qu’ait connue la Nouvelle-Calédonie depuis des décennies. Les juges d’instruction parisiens ont prononcé un non-lieu général en faveur de Christian Tein, figure de proue du camp indépendantiste, et de treize autres personnes liées à la Cellule de coordination des actions de terrain (CCAT). Cette structure était accusée d’avoir piloté les émeutes du printemps 2024, qui ont fait quatorze morts et plus de deux milliards d’euros de dégâts. Mais pour les magistrats, les charges ne tiennent pas. Ils estiment que ces militants, même s’ils réclamaient l’indépendance, ne cherchaient pas à renverser les institutions de la République ni à prendre le territoire par la force. Une décision qui tombe comme un séisme juridique, alors que Christian Tein a passé près d’un an en détention provisoire, loin de chez lui, après un transfèrement de 17 000 kilomètres.
Les avocats des mis en examen ne cachent pas leur soulagement, ni leur colère. Ils saluent un travail d’instruction « considérable » et une « belle démonstration de ce qu’est un État de droit ». Pour la défense de Christian Tein, il s’agit d’une mise hors de cause totale, qui balaie des « accusations mensongères » et une tentative de « museler un homme politique ». Dans leurs réquisitions, les juges ont pointé que la revendication indépendantiste, aussi forte soit-elle, ne constituait pas une tentative de coup d’État. Pourtant, le parquet n’entend pas en rester là. Il a immédiatement fait appel, estimant que des investigations complémentaires sont nécessaires sur un dossier qui compte près de 11 500 pièces. Un magistrat a même été affecté à plein temps pour analyser les faits, signe que l’État veut garder la main sur cette affaire.
Reste que ce non-lieu redistribue les cartes politiques et judiciaires. Au printemps 2024, la Nouvelle-Calédonie avait été placée sous état d’urgence après des violences liées au projet de dégel du corps électoral. Les premiers soupçons visaient la CCAT, décrite comme une organisation structurée avec des donneurs d’ordres, des cibles et du matériel de communication. Mais les juges n’ont retenu aucune « charge suffisante » contre les quatorze militants. Le parquet, lui, veut des actes supplémentaires. La tension est palpable. D’un côté, la défense crie à la vengeance politique et aux traitements indignes. De l’autre, l’accusation cherche à ne pas laisser cette crise sans réponse judiciaire. L’avenir dira si l’appel du parquet aboutira à un nouveau procès ou à une confirmation du non-lieu.
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