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Mayotte brûle encore et les soldats du feu tiennent avec les moyens du bord

Une soixantaine de pompiers sont à pied d’œuvre depuis samedi sur une île où quatorze départs de feu ont été recensés en une seule journée. Près de 30…

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Mayotte brûle encore et les soldats du feu tiennent avec les moyens du bord

Une soixantaine de pompiers sont à pied d’œuvre depuis samedi sur une île où quatorze départs de feu ont été recensés en une seule journée. Près de 30 hectares sont déjà partis en fumée, et le compte n’est sans doute pas terminé.

Le front est large et la fumée ne retombe pas. Depuis samedi, une soixantaine d’hommes luttent contre les flammes à Mayotte, avec quatorze feux de végétation rien que dimanche. Ce lundi, plusieurs foyers restaient particulièrement actifs du côté de Bouéni, de Dapani et de Bandrélé, ainsi que sur les pentes du mont Bénara. Le bilan provisoire approche les 30 hectares parcourus, une estimation que les responsables du service départemental d’incendie et de secours s’attendent à voir grimper dans les prochains jours.

Ce nouvel épisode survient deux mois après un week-end déjà très éprouvant. Fin août, à Barakani, au centre de l’île, un incendie avait dévoré la même superficie en seulement deux jours. Depuis, les effectifs n’ont pas été renforcés. Les équipes travaillent avec le matériel reçu au début de la saison sèche, en avril, dont deux camions-citernes adaptés aux feux de forêt, qui ont porté à quinze le nombre de véhicules capables d’intervenir. Deux nouveautés viennent tout de même aider les soldats du feu. Une équipe de drones, inexistante l’an dernier, repère les départs de flamme et les pistes d’accès, sachant que la plupart des sinistres naissent dans des zones rurales difficiles à atteindre. Et un hélicoptère bombardier d’eau, loué pour la saison, puise depuis le 1er août dans la mer pour arroser les végétations en feu.

Les chiffres de cette année donnent la mesure du phénomène. 288 hectares ont déjà brûlé, un record. Pour comparaison, 14 hectares avaient été touchés en 2024 et 24 en 2023. Le passage du cyclone Chido fin 2024 a lourdement pesé, en abîmant environ 85 % des forêts publiques et en laissant sur place une quantité importante de biomasse morte, un carburant idéal pour les flammes. Les services de l’État pointent aussi les occupations illicites, les défrichements sauvages et les pratiques agricoles qui utilisent le feu sans respecter les règles.

Car l’origine des feux est souvent la même. Environ 80 % des départs récents sont attribués aux brûlis, cette technique interdite qui consiste à nettoyer son champ par le feu. La prévention doit justement devenir le cœur du travail d’une sous-commission consacrée aux feux de forêt, créée cette année et pilotée par les services de l’État. Des campagnes de sensibilisation existent pourtant depuis plusieurs années, et des contrôles sont menés sur le terrain. Le bilan reste mitigé, même si les pratiques s’améliorent chez les exploitants agricoles déclarés.

Sur place, le discours est plus nuancé. Un agriculteur installé à Kani-Kéli résume le problème par un manque d’alternatives. Lui utilise un broyeur pour nettoyer sa parcelle, mais il rappelle que beaucoup de ses confrères vivent une situation économique précaire, parfois aussi administrative, sans les moyens de financer ce type de matériel. S’y ajoute la difficulté purement logistique d’amener des engins lourds jusqu’aux cultures, tant les parcelles accessibles à un véhicule sont rares. La loi prévoit des poursuites en cas d’infraction constatée. Des interpellations ont bien eu lieu, mais elles restent dérisoires face à l’ampleur des feux en cours. Et sur le terrain, l’épuisement gagne. Les pompiers souffrent, la situation devient très compliquée, et la demande de renforts humains se fait pressante.

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