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Marc Bloch, l’historien résistant qui entre au Panthéon

Il est le premier historien à rejoindre les héros de la République au Panthéon. Marc Bloch, fusillé par les nazis en 1944, repose désormais aux côtés de…

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Marc Bloch, l'historien résistant qui entre au Panthéon

Il est le premier historien à rejoindre les héros de la République au Panthéon. Marc Bloch, fusillé par les nazis en 1944, repose désormais aux côtés de Jean Moulin et Missak Manouchian.

Le 23 juin, la tombe de Marc Bloch et de son épouse Simonne Vidal prend place dans le temple des grands hommes de la nation. Emmanuel Macron a salué « son œuvre, son enseignement et son courage » pour justifier cette entrée dans l’histoire. Discret, mince, derrière ses fines lunettes rondes, cet intellectuel né à Lyon en 1886 dans une famille juive alsacienne a marqué son temps bien au-delà des livres.

Historien de formation, il a révolutionné la façon de raconter le passé. Après l’École normale supérieure, il enseigne à Strasbourg et devient une référence du Moyen Âge avec des ouvrages comme « Les Rois thaumaturges » ou « La société féodale ». Avec son collègue Lucien Febvre, il fonde en 1929 la revue des Annales. À l’époque, l’histoire se focalisait sur les grands hommes et les batailles. Bloch lui a ouvert les portes du social, du droit, de la psychologie et de l’économie. Pour lui, faire de l’histoire, c’était d’abord établir les faits, même les plus dérangeants.

Son engagement pour la République ne s’est jamais démenti. Pendant la Première Guerre mondiale, il est mobilisé comme adjudant d’infanterie puis capitaine, et reçoit la Croix de guerre avec quatre citations. Patriote passionné, il signe dans les années 1930 le manifeste des intellectuels antifascistes. En 1939, à 53 ans et père de six enfants, il demande à repartir au front. « Je suis le plus vieux capitaine de l’armée française » plaisantait-il. Après la défaite de 1940, il écrit « L’Étrange défaite » un livre sans concession sur l’effondrement du pays.

Juif, il est exclu de la Sorbonne, perd son logement et sa bibliothèque. Réfugié dans la Creuse avec sa famille, il rejoint la Résistance en 1943 dans la région lyonnaise au sein du mouvement Franc-Tireur. Refuser la défaite a été sa première motivation. Arrêté à Lyon le 8 mars 1944, il est emprisonné et torturé à la prison de Montluc. Le 16 juin, il est fusillé avec 29 camarades. Ses cendres ont été transférées dans le caveau familial en 1977, avec deux mots gravés en latin : « Dilexit veritatem », j’ai chéri la vérité.

Sa judéité, il ne la revendiquait qu’en face d’un antisémite. Issu d’une famille juive non pratiquante, profondément laïque, il avait vécu l’affaire Dreyfus jeune. Ses valeurs, il les puisait dans la Révolution française et la République. Comme le rappelle sa petite-fille Suzette Bloch, il a toujours refusé d’être réduit à une identité unique. Il incarne aujourd’hui à la fois le savant, le patriote et le résistant.

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