Société
L’urgence civique dans les quartiers nord de Marseille

À deux mois des élections municipales, l’abstention menace de se muer en indifférence dans les cités marseillaises. Des collectifs citoyens multiplient les initiatives pour réveiller le devoir électoral, face à un désenchantement profond.
Dans les grands ensembles des quartiers nord, la question des municipales de mi-mars semble appartenir à un autre monde. L’indifférence, teintée d’un certain désabusement, y est palpable. Un homme, la baguette sous le bras, résume d’une phrase l’état d’esprit de nombreux habitants en s’interrogeant sur l’utilité même du geste électoral. Cette défiance s’enracine dans des territoires où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, comme dans le 15e arrondissement.
Face à cette démobilisation, des voix s’élèvent localement pour tenter de renverser la tendance. Salim Siouani, professeur et enfant du quartier, constate le découragement ambiant mais refuse le fatalisme. Avec d’anciens camarades, il s’est engagé au sein du collectif KGBS, dont le nom reprend les initiales de plusieurs cités. Leur mission, simple en apparence, consiste à convaincre les résidents de s’inscrire sur les listes électorales avant la date limite. Leur méthode, un patient porte-à-porte où il faut parfois user d’humour pour se faire ouvrir, dans un contexte marqué par la précarité du logement et la présence visible des trafics.
Leur message est strictement civique, sans affiliation partisane. « Votez pour qui vous voulez, mais votez », lance ainsi Kader Benayed, porte-parole du collectif. Il déplore des taux d’abstention dépassant souvent les cinquante pour cent et tente de faire comprendre aux habitants que leur désintérêt alimente peut-être leur propre relégation. Les réponses rencontrées sont variées, reflétant un rapport complexe à la citoyenneté. Certains jeunes, comme Mehdi, 22 ans, avouent n’avoir jamais voté et ignorer la tenue du scrutin, la politique étant un sujet absent du foyer familial. D’autres, à l’image de Carmen, 20 ans, reconnaissent l’importance de la voix jeune et se disent prêts à s’informer.
Parfois, la porte finit par s’ouvrir sur des convictions plus affirmées. Louna, ancienne styliste, n’a pas la nationalité française mais exhorte ses filles à utiliser ce droit. Elle perçoit le paradoxe d’une population qui, bien que désespérée par le manque de logements ou de services, renonce à l’outil démocratique qui pourrait porter ses revendications. Une jeune mère, quant à elle, exprime un scepticisme nourri par l’expérience, estimant que voter n’a pas suffi à améliorer le quotidien.
Les griefs sont concrets et récurrents. Kader Benayed dresse une liste de carences, de la fermeture annoncée du bureau de poste au manque de médecins, en passant par les difficultés de transport. Pour répondre à cet éloignement des services publics, la municipalité a déployé des mairies mobiles. Cependant, selon l’adjointe au maire chargée de l’état civil, Sophie Roques, ces équipements n’ont pas encore généré d’afflux notable de demandes d’inscription électorale. Le compte à rebours est pourtant enclenché, et le défi reste entier pour ceux qui croient que le changement passe aussi par l’urne.

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