Europe
L’Europe veut enfin couper le cordon numérique avec les États-Unis
Bruxelles dégaine mercredi un plan pour réduire sa dépendance aux géants américains du cloud et des puces. Un coup de poker qui pourrait raviver les tensions avec Donald Trump.
L’Europe paie une facture numérique colossale. 264 milliards d’euros chaque année. C’est ce qu’elle dépense chez les géants américains comme Microsoft, Google ou Amazon pour ses logiciels et son cloud. Un montant qui équivaut à ses importations d’énergie. Et cette addiction ne faiblit pas. Aujourd’hui, plus de 80% des produits et services numériques utilisés dans l’UE viennent de l’étranger. Les entreprises américaines trustent à elles seules 83% du marché européen du cloud et des logiciels. Une situation que Bruxelles veut briser net.
Le problème ne concerne pas que les abonnements aux outils en ligne. C’est une question de souveraineté et de sécurité. Les Européens redoutent qu’en cas de crise géopolitique, un fournisseur américain ne coupe brutalement l’accès à ses services. Même crainte du côté des composants électroniques. L’Europe dépend très largement de l’Asie pour ses puces. L’an dernier, un bras de fer entre Pékin et le fabricant néerlandais Nexperia (qui produit ses puces en Chine) a failli paralyser les chaînes des constructeurs automobiles européens. Un scénario d’alerte qui a accéléré la prise de conscience.
Pour contrer ces vulnérabilités, la Commission européenne présente mercredi une série de mesures concrètes. Parmi elles, un règlement pour faciliter la création de centres de données en Europe, essentiels pour le cloud et l’intelligence artificielle. Une nouvelle loi sur les puces électroniques doit aussi encourager la demande de composants fabriqués sur le continent. Et les administrations seront invitées à privilégier les logiciels open source. Bruxelles veut même imposer des critères de « préférence européenne » dans les marchés publics liés au numérique. Un geste fort, similaire à ce qui a déjà été fait pour l’automobile.
Mais ce virage protectionniste pourrait coûter cher. Donald Trump, déjà en conflit commercial avec l’UE, pourrait riposter. Bruxelles a pourtant montré qu’elle n’hésitait pas à passer à l’acte. Ces dernières semaines, elle a proposé de réserver deux tiers de certaines fréquences télécoms à des entreprises européennes, au détriment d’opérateurs américains. Elle a aussi confié un important contrat informatique à des fournisseurs locaux, laissant Amazon et Microsoft sur le carreau. Des signaux clairs adressés à Washington.
Des eurodéputés poussent dans ce sens. L’Espagnole Elena Sancho Murillo (gauche) l’a dit mardi : « La souveraineté numérique, c’est que les gens maîtrisent leurs données, leur identité, leurs droits numériques, plutôt que des entreprises ou des systèmes juridiques étrangers. » Le Néerlandais Reinier van Lanschot (Verts) enfonce le clou : « Nous devons briser cette dépendance et choisir une Europe qui protège ses citoyens, sa démocratie et le droit à la vie privée. » Reste à savoir si ces ambitions résisteront au choc avec Washington.
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