Monde
Les ombres persistantes d’Hiroshima sur les survivants coréens

Huit décennies après les bombardements atomiques, les victimes d’origine coréenne continuent de subir les conséquences d’une double marginalisation, entre blessures physiques et exclusion sociale.
Bae Kyung-mi avait cinq ans lorsque la bombe atomique frappa Hiroshima. Aujourd’hui octogénaire, elle se souvient encore des avions survolant sa maison avant que le monde ne s’écroule autour d’elle. Ensevelie sous les décombres, elle perdit ce jour-là des membres de sa famille, tandis que les radiations allaient durablement altérer sa santé. Pourtant, pendant des années, elle garda le silence sur son statut de survivante, craignant les préjugés. « À l’époque, on disait qu’épouser une rescapée était une malédiction », confie-t-elle.
Comme elle, des milliers de Coréens présents à Hiroshima et Nagasaki en août 1945 subirent le même sort. Parmi les 740 000 victimes recensées, plus de 10 % étaient originaires de la péninsule coréenne, alors sous occupation japonaise. Beaucoup avaient été enrôlés de force dans l’effort de guerre nippon. Les archives, détruites ou incomplètes, ne permettent pas d’établir un bilan précis, mais les témoignages attestent de leur présence massive.
De retour en Corée après la guerre, les survivants durent affronter une autre épreuve : la stigmatisation. Les rumeurs infondées sur la contagion des radiations isolèrent nombre d’entre eux. « Ils étaient rejetés, parfois même par leurs propres proches », explique le directeur d’un centre d’accueil pour victimes à Hapcheon, où une cérémonie commémorative se tient chaque année.
Ce n’est qu’à la fin des années 1990 que les autorités japonaises reconnurent officiellement les victimes coréennes, avec l’érection d’un monument dans le Parc de la Paix d’Hiroshima. En Corée du Sud, une loi adoptée en 2016 accorde désormais une allocation mensuelle aux rescapés, mais leurs descendants, souvent confrontés à des maladies héréditaires, restent exclus de ce dispositif.
Alors que le monde commémore les 80 ans des bombardements, les survivants, qu’ils soient japonais ou coréens, déplorent un manque de prise de conscience collective. Les récentes déclarations comparant les frappes nucléaires à des opérations militaires contemporaines rappellent combien les leçons de l’histoire peinent à s’imposer. Pour Bae Kyung-mi et bien d’autres, le combat pour la reconnaissance et la dignité demeure inachevé.

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