Monde
Les grands médias défient le Pentagone sur la liberté de la presse

Face à de nouvelles exigences jugées liberticides, les principales rédactions américaines et internationales refusent collectivement de signer un document imposant des restrictions inédites au travail journalistique.
Plusieurs organes de presse majeurs, parmi lesquels des médias nationaux et internationaux de premier plan, ont opposé une fin de non-recevoir à un protocole émanant du département de la Défense américain. Ce texte prévoyait l’instauration de contraintes inédites pour les journalistes accrédités, sous peine de voir leur accès révoqué. Les nouvelles dispositions stipulent notamment que toute sollicitation ou publication d’informations spécifiques doit préalablement recevoir l’aval explicite des autorités militaires.
L’Association des journalistes du Pentagone a dénoncé dans un communiqué des mesures qui, selon elle, « réduisent au silence les personnels du ministère et menacent de représailles les reporters enquêtant sur des sujets non préapprouvés ». De son côté, l’Agence France-Presse a souligné que ces restrictions « contreviennent aux principes fondamentaux du journalisme et fragilisent les garanties offertes par le Premier amendement de la Constitution ». Elle estime qu’elles instaurent des obstacles superflus et brouillent la distinction entre les devoirs des fonctionnaires et la mission d’information de la presse.
Dans une déclaration commune diffusée sur les réseaux sociaux, les grandes chaînes d’information américaines ont affirmé leur refus d’appliquer des exigences qui « limiteraient la capacité des journalistes à informer le pays et le monde sur des enjeux essentiels de sécurité nationale ». Elles ont réaffirmé leur engagement à couvrir les activités militaires en préservant les principes d’une presse libre et indépendante. Des titres prestigieux de la presse écrite ainsi que des médias conservateurs ont emboîté le pas.
Cette initiative s’inscrit dans un contexte de durcissement des relations entre l’exécutif et la presse depuis le retour au pouvoir de l’ancien président. Le ministère de la Défense, récemment renommé ministère de la Guerre, a récemment évincé plusieurs rédactions de leurs bureaux attitrés au Pentagone et considérablement réduit le nombre de conférences de presse. Par ailleurs, les déplacements des journalistes dans l’enceinte du bâtiment sont désormais strictement encadrés, avec obligation d’être accompagnés en dehors de zones définies.
Le ministre de la Défense, Pete Hegseth, est par ailleurs au cœur d’une affaire distincte liée à la diffusion non autorisée de documents sensibles via l’application Signal. Une enquête interne a été ouverte après qu’un journaliste a accidentellement eu accès à un groupe de discussion privé où étaient évoqués des plans militaires concernant le Yémen. Interpellé sur les réseaux sociaux au sujet du refus des médias de signer le document, le ministre s’est contenté d’une réponse laconique, esquivant le fond du débat.

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