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Les géants français accros aux rachats d’actions

Depuis 1999, les grandes entreprises françaises ont englouti 335 milliards d’euros dans le rachat de leurs propres actions. Une manœuvre qui gonfle…

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Les géants français accros aux rachats d'actions

Depuis 1999, les grandes entreprises françaises ont englouti 335 milliards d’euros dans le rachat de leurs propres actions. Une manœuvre qui gonfle artificiellement le cours de Bourse, mais qui crée une dépendance redoutable.

L’opération est aujourd’hui banale. Une entreprise comme TotalEnergies, L’Oréal, Axa ou Sanofi utilise une partie de sa trésorerie pour acheter ses propres titres en Bourse. Rien d’illégal, bien au contraire. Mais ce geste, autorisé en France depuis une loi de 1998, a changé de nature. Au départ, il s’agissait d’un ajustement ponctuel. Aujourd’hui, c’est une politique financière structurelle. Les actionnaires et les marchés s’y sont habitués. Ils attendent que les montants augmentent chaque année. Un peu comme une drogue, selon deux professeurs de gestion qui comparent ce mécanisme à une « drogue dure ». En vingt-cinq ans, le volume des rachats a été multiplié par 6,7. Et après une baisse lors de la crise de 2008 et du Covid, les montants ont explosé pour atteindre 31 milliards d’euros en 2024.

Comment ça marche concrètement ? L’entreprise rachète ses actions, puis les détruit en les annulant. Résultat : il y a moins de titres en circulation. À bénéfice total égal, le bénéfice par action augmente. Le cours de Bourse monte, sans que l’entreprise ait amélioré ses performances réelles. Les critiques y voient une valeur actionnariale artificielle, un tour de passe-passe qui récompense les investisseurs sans créer de richesse supplémentaire. Ce mécanisme a été inventé aux États-Unis en 1982, quand le gendarme boursier américain a libéralisé la pratique. La France a suivi en 1998. Depuis, les entreprises cotées françaises sont devenues accros.

Cette addiction est très concentrée. Les 21 plus gros acheteurs totalisent 75 % des sommes dépensées. TotalEnergies arrive en tête avec 60,3 milliards d’euros, soit 18 % du total. Avec L’Oréal, Axa et Sanofi, ces quatre entreprises pèsent 38 % des rachats. À l’opposé, la France reste loin des États-Unis, où les vingt premières entreprises ont racheté pour 4 205 milliards d’euros. Une firme américaine rachète en moyenne 17 fois plus qu’une française. Mais la tendance est la même. Les marchés s’habituent et exigent toujours plus. Résultat : les entreprises arbitrent entre racheter leurs actions ou investir, augmenter les salaires, se désendetter, financer la transition écologique. Les controverses vont monter. Car une question simple se pose : cet usage de l’argent est-il compatible avec les responsabilités sociales et environnementales des grandes entreprises ?

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