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L’éborgnement d’un manifestant relance une instruction judiciaire close

La cour d’appel de Paris a invalidé le classement de l’enquête sur la blessure d’un Gilet jaune, estimant que les investigations n’étaient pas complètes. Une décision qui ouvre une nouvelle phase procédurale.
L’affaire judiciaire concernant la perte d’un œil par un manifestant lors des événements du 8 décembre 2018 sur les Champs-Élysées connaît un rebondissement. La chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a ordonné, par un arrêt rendu à la mi-février, la reprise des investigations. Elle a jugé que l’enquête préliminaire ne pouvait être considérée comme exhaustive, infirmant ainsi la décision de clôture prise en première instance au motif de l’impossibilité d’identifier l’auteur du tir.
Le plaignant, Alexandre Frey, figurait parmi les personnes blessées à l’œil durant la période de mobilisation des Gilets jaunes. Son avocat a salué une décision de justice qui constitue, selon ses termes, un désaveu pour la première instruction. La défense annonce vouloir établir non seulement la responsabilité de l’agent ayant effectué le tir, mais aussi celle de la chaîne hiérarchique qui aurait, ce jour-là, donné des consignes particulières aux forces de l’ordre.
Les événements se sont déroulés dans un contexte de fortes tensions. Le manifestant, présent sur les lieux depuis le matin, a décrit aux enquêteurs une situation rapidement dégradée. Il affirme s’être retrouvé face à un cordon de policiers vers midi, et avoir été touché à l’œil par un projectile après plus de deux heures de présence, alors qu’il se retournait pour porter assistance à un ami blessé au pied. Il soutient n’avoir commis aucune violence physique et n’avoir perçu aucune sommation préalable.
L’enquête initiale, menée par l’Inspection générale de la police nationale, s’était heurtée à des difficultés. Les images de vidéosurveillance et les nombreux témoignages recueillis n’avaient pas permis d’aboutir à une conclusion certaine. Une lettre anonyme avait même été envoyée aux magistrats, désignant un officier et évoquant le refus d’un fonctionnaire d’obéir à un ordre de tirer. Les auditions des forces de l’ordre présentes avaient pour leur part décrit des scènes de grande violence et une pression considérable.
C’est l’examen d’un document administratif qui a retenu l’attention de la cour d’appel. Il s’agit d’une fiche signalétique relative à l’usage d’un lanceur de balles de défense, remplie près de deux mois après les faits par un gardien de la paix. Dans son compte rendu, l’agent relate avoir tiré sur un individu à une trentaine de mètres, qui s’apprêtait selon lui à lancer un objet. Il indique avoir vu par la suite une personne présentant une blessure à la tête. La cour estime que la localisation, l’horaire et la nature de la lésion correspondent aux circonstances de la blessure du plaignant.
Ces éléments, croisés avec certains témoignages, sont jugés suffisamment sérieux et concordants par les magistrats de la cour pour justifier la poursuite de l’instruction. Ils ont donc enjoint à la magistrate instructrice de reprendre ses investigations sur cette piste spécifique. La procédure, qui visait des faits de violences ayant entraîné une mutilation par personne dépositaire de l’autorité publique, retrouve ainsi un nouvel élan judiciaire.

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