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L’eau s’évapore avant même d’arroser les champs : le cauchemar argentin de San Juan
Dans la province argentine de San Juan, il ne tombe que 100 mm de pluie par an. Mais le vrai problème, c’est que les glaciers qui alimentent ses rivières…


Dans la province argentine de San Juan, il ne tombe que 100 mm de pluie par an. Mais le vrai problème, c’est que les glaciers qui alimentent ses rivières fondent deux fois plus vite que prévu. Résultat : agriculteurs et mines se disputent une eau de moins en moins présente.
La province de San Juan, coincée contre la cordillère des Andes, a toujours été sèche. Très sèche. Un vieux dicton local dit même que dans certaines rivières, les poissons soulèvent la poussière en nageant. Sauf que ce qui était une boutade devient une réalité inquiétante. Aujourd’hui, le débit du fleuve San Juan est tombé à la moitié de sa moyenne du XXe siècle. Et ça ne fait qu’empirer.
Pour comprendre, il faut regarder les glaciers. Pas les grandes murailles de glace qu’on imagine en Patagonie. Ici, ce sont surtout des glaciers rocheux, des amas de débris mêlés de glace, presque invisibles à l’œil nu. Mais ils sont vitaux. Le problème, c’est qu’il ne neige plus assez dans la cordillère. Et quand il neige, la chaleur est telle que la neige se transforme directement en vapeur d’eau. Elle sublime avant même d’avoir le temps de fondre. Résultat : les réserves fondent, et les rivières n’ont plus assez à donner.
Les agriculteurs trinquent en premier. Nicolás Yanzon, qui cultive du raisin et des oignons dans une oasis irriguée, raconte qu’il ne peut exploiter que 30 à 40 % de ses terres. Et il n’est pas le seul. L’irrigation locale dépend quasi exclusivement des fleuves et des glaciers. En vingt-cinq ans, les pires prévisions du GIEC ont été dépassées. Les scientifiques locaux parlent d’une « superposition de phénomènes » où le réchauffement climatique vient s’ajouter à une période interglaciaire naturelle.
Mais à San Juan, l’eau ne fait pas que baisser. Elle divise. En avril 2026, le gouvernement ultralibéral de Javier Milei a fait voter une réforme de la loi dite « des glaciers », qui protégeait depuis 2010 les zones glaciaires et périglaciaires de l’activité minière. Le nouveau texte donne plus de pouvoir aux provinces pour décider ce qu’elles autorisent. San Juan, elle, veut accueillir plus de mines. L’exécutif local défend cette position en expliquant que 40 % de l’eau agricole pourrait être économisée avec de meilleures infrastructures… et que ce sont les revenus miniers qui permettraient ces investissements.
Pour les militants écologistes, le constat est sans appel. « Notre système hydrique est en soins intensifs, et certains responsables politiques n’écoutent pas », alerte un avocat de San Juan. De son côté, l’agriculteur Nicolás Yanzon regarde l’eau de la cordillère couler dans ses vignes. Il sait que l’avenir se joue sur un équilibre fragile. « Si une mine modifie l’équilibre hydrique jusqu’à l’effondrement, il faut accepter qu’en certains endroits, ça ne pourra pas se faire. » Une phrase qui résume le dilemme d’une province où chaque goutte est déjà comptée.





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