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Le retour d’un jeune lynx dans les forêts du Jura, symbole d’une lutte pour la survie de l’espèce

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Un félin de 11 mois, seul rescapé d’une portée de quatre orphelins, a été remis en liberté dans le Doubs après plusieurs mois de soins. Cette opération illustre les efforts déployés pour préserver le lynx boréal, une espèce classée en danger sur le territoire français.

Une cage s’ouvre, et en une fraction de seconde, une silhouette dorée parsemée de taches noires s’élance vers l’épais couvert forestier. Ce jeune lynx, prénommé Ravi, vient de retrouver son environnement naturel dans le massif du Jura, près de Baume-les-Dames. Pesant 13,5 kilogrammes, il est le 34e lynx boréal relâché par Athénas, une association jurassienne spécialisée dans la protection de ce félin menacé de disparition en France. L’espèce figure sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Chaque remise en liberté, au nombre de cinq cette année, représente une étape cruciale dans le travail de sauvegarde mené par l’association. Ravi est le seul survivant d’une fratrie de quatre jeunes capturés l’hiver dernier, alors qu’ils n’avaient que cinq mois. Leur mère avait péri dans une collision routière, principale cause de mortalité directe pour l’espèce avec le braconnage. Sans intervention humaine, ces chatons étaient condamnés à une mort certaine. L’un d’eux a été retrouvé sans vie, deux autres ont succombé au typhus après leur capture. Ravi, affaibli et sévèrement sous-alimenté, a été le seul à surmonter ces épreuves.

Après une période de soins et d’alimentation, les soigneurs ont estimé qu’il était apte à survivre sans assistance dans son milieu naturel. Ravi a atteint l’âge de l’émancipation, une phase où les jeunes lynx, dotés d’une grande capacité d’adaptation, quittent habituellement leur mère pour parcourir de vastes distances et établir leur propre territoire. Le centre Athénas revendique un taux de réussite de 97 % dans ses opérations de relâcher.

Le jour de sa libération, le félin a d’abord été endormi dans son enclos à l’aide d’un projectile anesthésiant. Un examen médical approfondi a été réalisé pour vérifier l’état de ses griffes, de ses dents, son poids et l’absence de troubles cardiaques, une fragilité récurrente chez les lynx français en raison d’une forte consanguinité. Les soigneurs ont également photographié son pelage, dont la combinaison unique de taches permet de l’identifier sur d’éventuelles images de pièges photographiques. Une puce électronique a été implantée pour assurer son identification en cas de recapture ou de découverte de son cadavre.

Transporté dans une cage sur un site soigneusement choisi à une centaine de kilomètres du refuge, Ravi a été relâché dans une zone éloignée des routes, des habitations et de toute infrastructure humaine. L’objectif était de lui offrir un maximum de tranquillité et de limiter les interactions avec l’homme. La sélection du lieu a nécessité un équilibre entre les impératifs de conservation de l’espèce et les activités économiques et agricoles locales, le lynx pouvant occasionnellement s’attaquer à des troupeaux de moutons ou de chèvres.

Longtemps chassé pour sa fourrure ou comme trophée, le plus grand félin d’Europe avait disparu de France avant de réapparaître en 1974, grâce à des réintroductions menées en Suisse. Le ministère de l’Écologie a lancé en 2022 un premier plan national d’actions visant à restaurer l’espèce dans un état de conservation favorable. La population française est estimée entre 150 et 200 individus, dont environ 150 dans le massif jurassien, une dizaine dans les Vosges et le reste dans les Alpes. Cette population progresse très lentement.

Le retour de Ravi dans son milieu a été perçu comme une réussite par les équipes d’Athénas. Équipé d’un collier GPS qui se détachera dans un an, le jeune mâle entame désormais une période d’incertitude. S’il parvient à éviter les collisions routières et les tirs, il devrait connaître ses premiers accouplements en février 2027. Les soigneurs espèrent qu’il pourra alors rencontrer une femelle et contribuer à la pérennité de l’espèce.

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