Culture
Silent Friend : Ildiko Enyedi filme l’émerveillement de la science


Dans son nouveau long-métrage, la cinéaste hongroise célèbre la beauté de la quête scientifique et la persistance du lien humain à travers les époques.
Un arbre isolé trône au cœur du jardin botanique d’une université allemande. Témoin immobile du passage des décennies, il relie trois récits distincts que la réalisatrice Ildiko Enyedi entremêle avec délicatesse. Présenté à la Mostra de Venise l’an dernier, ce film explore la passion de la découverte et l’élan qui anime la recherche scientifique. Dans un contexte où l’indépendance académique et les avancées de la science sont parfois contestées, la cinéaste a souhaité mettre en lumière la noblesse de cette curiosité intellectuelle, une facette de l’humanité qu’elle juge à la fois exceptionnelle et précieuse.
L’intrigue se déploie sur le même campus, mais à trois époques différentes. En 1908, Grete, interprétée par Luna Wedler, devient la première femme admise à l’université et doit affronter un sexisme virulent. En 1972, Hannes, joué par Enzo Brumm, arrive de la campagne et peine à trouver sa place dans un environnement estudiantin marqué par l’esprit contestataire. Enfin, en 2020, un neuroscientifique, incarné par Tony Leung, se retrouve confiné sur le site avec une employée ne parlant pas la même langue, en pleine pandémie de Covid-19. Chacun de ces personnages traverse des moments de solitude, mais tous partagent une fascination pour cet arbre solitaire, dont l’observation nourrit leur quête de connexion.
Le film illustre également l’évolution du regard porté sur les femmes au fil du siècle. D’une étudiante dont l’admission à l’université constitue un exploit, à une jeune femme des années 1970 luttant pour être prise au sérieux, jusqu’à une chercheuse contemporaine imposant sa légitimité dans son domaine, le récit met en scène les mutations profondes de la condition féminine. Pour Ildiko Enyedi, déjà nommée aux Oscars pour *Corps et âme*, le vingtième siècle a été un siècle de femmes, et cette fresque offre un prisme idéal pour en saisir les transformations.
Au-delà des époques, le film interroge le besoin universel de lien humain et les obstacles qui l’entravent. Lorsque les protagonistes peinent à communiquer, que ce soit à cause de différences personnelles ou de barrières linguistiques, ils se tournent vers la nature. Celle-ci, grâce à un travail sonore immersif, devient une voix à part entière dans le récit. La réalisatrice confie avoir introduit délibérément des difficultés de langage entre certains personnages pour souligner le désir de communication, la difficulté de sa mise en œuvre, et la beauté des instants où elle advient. Cette quête de sens et de lien est, selon elle, au cœur de l’expérience humaine, tout comme la passion de comprendre le monde et d’élargir son regard. En France, le film est sorti en salles au début du mois d’avril.





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