Planète
Assurance climatique en Inde : un bouclier contre les canicules dévastatrices


Alors que les vagues de chaleur extrême frappent chaque été l’Inde, des polices d’assurance paramétriques voient le jour pour protéger les travailleurs vulnérables. Un mécanisme innovant qui indemnise automatiquement dès que le mercure franchit un seuil critique.
Lata Solanki, vendeuse de vêtements à Ahmedabad, dans l’ouest du pays, subit de plein fouet les assauts du soleil brûlant. En 2023, une canicule l’a contrainte à cesser son activité pendant vingt jours, lui faisant perdre environ 2 000 roupies, soit l’équivalent de 18 euros. Depuis deux ans, elle a souscrit une police d’assurance innovante qui lui verse une compensation dès que les températures dépassent 43,72 degrés Celsius pendant deux jours consécutifs. L’année suivante, elle a ainsi reçu 750 roupies, un montant modeste mais précieux dans un pays où le revenu mensuel moyen d’un ménage rural avoisine 10 000 roupies.
Ce dispositif, appelé assurance paramétrique, se distingue des contrats classiques par son fonctionnement automatisé. Il ne nécessite aucune évaluation des dommages subis par l’assuré. Dès que les conditions météorologiques prédéfinies sont réunies, l’indemnité est versée sans délai. Ce mécanisme a déjà été expérimenté dans d’autres régions indiennes, comme le Nagaland, où il couvre les pertes économiques liées aux inondations. Le ministère fédéral de l’Intérieur envisage même de généraliser cette approche pour renforcer la protection des populations face aux aléas climatiques.
Ce programme est le fruit d’une collaboration entre l’organisation à but non lucratif Mahila Housing Trust et la compagnie d’assurance Go Digit, soutenue par l’initiative Climate Resilience for All. Nital Rahul Patel, responsable du projet au sein du MHT, explique que l’idée est née d’échanges avec des travailleuses d’Ahmedabad. L’analyse de leurs dépenses a révélé une perte de revenus comprise entre 2 000 et 2 500 roupies durant les quatre mois d’été. Lancée en 2024, l’assurance couvrait alors 26 000 femmes pour une prime de 354 roupies. Aucune indemnité n’a été versée en 2025, les températures n’ayant pas atteint le seuil requis.
Pour la saison 2026, plus de 30 000 femmes sont désormais couvertes. Le seuil de déclenchement a été abaissé à 42,74 degrés Celsius, et l’indemnité automatique peut atteindre 2 000 roupies si cette température est maintenue deux jours consécutifs. Cette protection ne se limite pas aux travailleurs exposés en extérieur. Rakhi Gulshan Singh, couturière de 30 ans gagnant 4 000 roupies par mois, travaille pourtant chez elle. Elle a perçu 750 roupies en 2024 et témoigne que ce soutien, bien que modeste, apporte un réel réconfort.
Adarsh Agarwal, responsable comptable chez GoDigit, qualifie ce produit de niche mais souligne qu’il a déjà bénéficié à plus de 50 000 assurés. L’expert Aniruddha Bhattacharjee, de l’organisation Climate Trends, estime que ce système est plus rapide et transparent que les assurances traditionnelles, mais que les montants versés restent limités. Il prévient que les compagnies devront ajuster leurs barèmes et leurs conditions face à l’imprévisibilité croissante du changement climatique.
Lata Solanki, pour sa part, espère profiter de cette protection cette année encore. Même si elle devait payer la prime de sa poche, elle assure qu’elle continuera à s’assurer.





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