Planète
Les paons en liberté sèment la discorde dans un village italien

Entre fascination et exaspération, la présence des paons divise les habitants de Punta Marina, petite localité balnéaire d’Émilie-Romagne, où ces oiseaux majestueux sont devenus source de tensions quotidiennes.
Dans ce village paisible de la côte adriatique, des dizaines de paons aux plumages irisés arpentent les rues, se perchent sur les toits et observent leur reflet dans les vitrines des commerces. Leur nombre, estimé à environ 120 individus, ne cesse de croître depuis trois décennies, sans qu’aucun prédateur naturel ne vienne réguler cette population.
Pour Marco Manzoli, un retraité de 81 ans, ces volatiles sont devenus un véritable fléau. Il déplore leurs cris nocturnes qui perturbent le sommeil des résidents, leurs déjections abondantes qui souillent la voie publique, et leurs griffes qui endommagent la carrosserie des véhicules garés. Il redoute même que cette situation n’éloigne les touristes, privant ainsi le village de ses visiteurs estivaux.
Le pâtissier Claudio Ianiero, qui a fait du paon l’emblème de sa boutique, adopte un tout autre regard. Il rappelle que ces oiseaux ont toujours vécu dans la pinède voisine et qu’ils ont simplement cherché refuge dans les jardins abandonnés du village pour échapper aux loups et aux renards. Selon lui, les médias exagèrent en parlant d’invasion ou de situation sanitaire critique.
Cette coexistence divise profondément la communauté. Mara Capasso, caissière de supermarché, explique que le village s’est scindé en deux camps irréconciliables. Certains se réveillent chaque nuit à cause des parades nuptiales des mâles, tandis que d’autres considèrent ces oiseaux comme un atout esthétique indéniable pour la localité.
La municipalité de Ravenne, dont dépend Punta Marina, tente de trouver des solutions depuis plusieurs années. Une tentative de relocalisation en 2022 a échoué face à l’opposition des associations de protection animale. Une nouvelle campagne de sensibilisation a été lancée en 2024 pour apprendre aux habitants et aux touristes à cohabiter avec ces animaux, notamment en évitant de les nourrir.
Emanuele Crescentini, qui s’est improvisé gardien des paons, arpente quotidiennement les rues pour protéger les oiseaux des réactions hostiles. Il est convaincu qu’une coexistence harmonieuse est possible, à condition que chacun fasse preuve de tolérance et d’intelligence. Claudio Ianiero annonce par ailleurs que des propositions d’adoption affluent de toute la péninsule, laissant entrevoir une possible solution pour apaiser les tensions.

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