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Dominique de Villepin trace sa route en solitaire vers 2027

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L’ancien Premier ministre, qui refuse de s’inscrire dans le clivage droite-gauche, intensifie ses déplacements sur le territoire sans officialiser sa candidature à l’élection présidentielle.

L’ex-locataire de Matignon, âgé de 72 ans, multiplie les apparitions publiques aux quatre coins de l’Hexagone. Après Rennes, Caen et Fort-Mahon-Plage, il s’est rendu mardi à Strasbourg pour une table ronde sur le dialogue interreligieux, une rencontre avec ses partisans, puis un échange à Sciences Po devant un auditoire estudiantin. Une partie de ces jeunes n’était pas née lorsqu’il dirigeait le gouvernement. Pourtant, l’ancien chiraquien séduit une frange de la jeunesse.

Dans l’amphithéâtre strasbourgeois, Helin Cifci, 22 ans, salue un homme qu’elle juge « très éloquent, très charismatique ». Cette étudiante, habituellement proche de La France insoumise, reconnaît apprécier la défense des Palestiniens par celui qui vient pourtant de la droite. Le sujet lui vaut des applaudissements nourris lorsqu’il dénonce le silence général sur la situation humanitaire à Gaza. Ancien ministre des Affaires étrangères, il conserve une légitimité particulière sur la scène internationale, lui qui incarna le refus français de l’intervention en Irak en 2003.

Sur le plan intérieur, l’enjeu est tout autre. Il doit convaincre. Interrogé sur Donald Trump ou l’Iran, il développe sa vision de la justice sociale et de la répartition des richesses. Il estime nécessaire de « corriger » les dispositifs permettant aux plus fortunés d’échapper à l’impôt, tout en plaidant pour une fiscalité modérée sur les jeunes entreprises afin de favoriser leur essor.

À ceux qui lui demandent s’il se situe à droite ou à gauche, il oppose une fin de non-recevoir rodée. « On continue dans la société française à vouloir nous enfermer dans les boîtes. Moi j’ai toujours refusé les boîtes et je n’ai jamais tenu dedans d’ailleurs », lance-t-il aux étudiants. Théana Wurtz, 22 ans, y voit une parade efficace contre une « polarisation » qu’elle déplore. Axel Raynaud, autre étudiant, estime au contraire qu’il doit se « positionner » clairement pour devenir candidat plutôt que de rester un « intellectuel ».

L’ex-Premier ministre n’a pas officialisé sa candidature à l’Élysée et ne semble pas pressé de le faire, même s’il pose des jalons. Il dit avoir tiré les « leçons » de sa tentative avortée en 2012, faute des 500 parrainages nécessaires. Cette fois, une centaine de personnes travaillent à la collecte de ces soutiens, auprès des maires et des parlementaires notamment. En mars, il a lancé les Cercles Humanistes, déclinaisons locales de son parti La France Humaniste. Ses équipes affirment compter environ 900 cercles actifs, chacun réunissant entre cinq et vingt militants. Certains organisent des événements pour se faire connaître, comme une « course à pied humaniste » à Paris, une « pétanque humaniste » à Marseille ou des apéritifs du même nom.

Sa précampagne a été marquée par l’affaire des statuettes. Le lobbyiste Robert Bourgi a affirmé les lui avoir offertes de la part du président burkinabè Blaise Compaoré et d’un homme d’affaires italien. Dominique de Villepin assure n’en avoir pas connu l’origine, a reconnu une « erreur » et remis ces objets au ministère des Affaires étrangères.

Pour l’instant, malgré sa notoriété, il reste très loin dans les intentions de vote. Devant un petit groupe de journalistes, il observe que ses concurrents ont « bondi comme des cabris » dans la course présidentielle après les municipales. Lui estime bénéficier d’une « position singulière », hors des grands partis. Il parie sur le refus des Français de voter pour ceux « qui ont gouverné depuis dix ans », ce qui handicaperait selon lui Gabriel Attal et Édouard Philippe, tous deux anciens Premiers ministres d’Emmanuel Macron.

S’il revendique une solitude assumée, la question de ses alliés reste ouverte. Il se contente d’expliquer vouloir rassembler et « créer un collectif qui va surprendre ». « Une campagne, ça n’a d’intérêt que si on la fait différemment », dit-il. « Moi, toute ma vie, je n’ai jamais fait ce qu’on attendait de moi. Et je n’ai pas l’intention de changer. »

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