Économie
Le Premier ministre tchèque et l’ombre persistante de ses intérêts privés


_**La solution présentée par Andrej Babis pour séparer ses fonctions gouvernementales de son empire industriel suscite scepticisme et interrogations, tant à Prague qu’au sein des institutions européennes.**_
De retour à la tête du gouvernement depuis décembre dernier, Andrej Babis a annoncé avoir placé son groupe Agrofert, un conglomérat agroalimentaire et chimique, sous la gestion d’un fonds fiduciaire indépendant. Cette mesure, selon ses dires, le mettrait en conformité avec la législation nationale et mettrait fin à toute influence de sa part sur les activités du groupe. Le dirigeant, dont la fortune personnelle est considérable, affirme ne plus tirer aucun bénéfice de cette entreprise.
Toutefois, des documents relatifs au fonctionnement de ce fonds, rendus publics en février, semblent contredire cette version. Ils stipuleraient que la gestion d’Agrofert serait confiée à trois de ses quatre enfants dès qu’il quitterait ses fonctions exécutives, leur offrant ainsi la possibilité théorique de lui en restituer le contrôle. Pour les observateurs, cette configuration rappelle une précédente tentative, en 2017, où le transfert juridique de ses actifs n’avait pas empêché qu’il en demeure le bénéficiaire effectif durant son premier mandat.
La question des conflits d’intérêts dépasse le cadre national. Agrofert a perçu, ces dernières années, des dizaines de millions d’euros de subventions européennes et tchèques. Or, en tant que chef de gouvernement, Andrej Babis participe aux négociations sur le budget de l’Union européenne. Cette dualité avait déjà été pointée du doigt par la Commission européenne, laquelle avait estimé qu’elle compromettait l’exercice impartial de ses fonctions.
L’exécutif européen a réagi rapidement après le retour au pouvoir du dirigeant. Une demande d’explications officielle a été adressée aux autorités tchèques, qui ont un mois pour y répondre. Cette démarche est perçue comme un signal fort, infirmant les déclarations selon lesquelles Bruxelles ne s’intéresserait plus au dossier.
Parallèlement, Andrej Babis fait toujours l’objet de poursuites judiciaires dans son pays pour des faits présumés de fraude aux subventions européennes, antérieurs à son entrée en politique. L’affaire continue de nourrir un débat public intense sur la compatibilité entre une grande fortune privée et les plus hautes responsabilités de l’État.





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