Monde
Le Mexique face à ses territoires de l’ombre

Derrière les chiffres d’une criminalité endémique, cinq États concentrent une violence systémique, où trafics et rackets minent le tissu économique et social.
L’attaque armée survenue dimanche dernier sur un terrain de football à Salamanca, dans l’État de Guanajuato, a rappelé avec une brutalité glaçante la réalité quotidienne de nombreuses régions mexicaines. Cet épisode, qui a coûté la vie à onze personnes, s’inscrit dans un conflit territorial persistant entre des organisations criminelles rivales. Il illustre la situation critique qui prévaut dans plusieurs entités fédérales où les indicateurs de violence dépassent de très loin les moyennes nationales et internationales.
À l’échelle du pays, le taux d’homicides pour cent mille habitants a pourtant atteint son niveau le plus bas en une décennie l’an dernier. Ce recul statistique, régulièrement mis en avant par les autorités, masque des disparités régionales profondes. Cinq États en particulier présentent des chiffres alarmants, révélateurs d’une emprise criminelle multiforme où le commerce de la drogue et les pratiques d’extorsion prospèrent.
Colima, le plus petit État du pays, détient le triste record national. Son port de Manzanillo, l’un des plus importants du Pacifique mexicain, constitue une plaque tournante stratégique pour l’importation de précurseurs chimiques et l’exportation de stupéfiants. Cette activité illicite, couplée à un racket ciblant les industries légales locales, automobile ou agroalimentaire, alimente un cycle de violence extrême.
Plus au centre, l’État de Morelos souffre de sa position géographique. Il se trouve sur un corridor de transit disputé pour le trafic de drogues et d’armes, reliant les zones de production du Guerrero aux grands centres de consommation. Cette situation en fait un territoire convoité, où l’extorsion est érigée en système de prédation économique.
La renommée sinistre de Sinaloa dépasse les frontières, associée au cartel éponyme. Des luttes intestines féroces, déclenchées par l’arrestation de ses principaux dirigeants, ont ensanglanté la région ces derniers mois, semant la terreur parmi les populations civiles. La violence y reste structurellement élevée.
La Basse-Californie, frontalière des États-Unis, présente un paysage criminel particulièrement fragmenté. Des groupes locaux, souvent alliés à de plus grandes organisations, s’y affrontent pour le contrôle des points de passage vers le marché nord-américain, dans des villes comme Tijuana ou Mexicali. Cette fragmentation même exacerbe les conflits et la brutalité.
Enfin, Guanajuato, État industriel et touristique dynamique, paie le prix de sa centralité. Sa position au cœur des axes logistiques nationaux en fait un enjeu majeur pour les groupes qui cherchent à contrôler le transit des marchandises, qu’elles soient licites ou illicites. La concurrence pour ces routes stratégiques alimente une guerre larvée qui déborde régulièrement dans l’espace public, comme l’a tragiquement démontré le drame de Salamanca.
Cette cartographie de la violence dessine les contours d’une criminalité ancrée, qui a diversifié ses sources de revenus au-delà du narcotrafic pur. L’extorsion des entreprises légales et la prédation sur les ressources locales apparaissent désormais comme des moteurs essentiels de ces conflits, rendant la tâche des autorités encore plus complexe.

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