Société
Salaires, Smic et liberté de manifester, la colère sociale monte d’un cran
Salariés, fonctionnaires, jeunes et retraités sont appelés à faire grève et à manifester pour les salaires et le pouvoir d’achat. Ce mouvement large…

Salariés, fonctionnaires, jeunes et retraités sont appelés à faire grève et à manifester pour les salaires et le pouvoir d’achat. Ce mouvement large s’accompagne de vives tensions autour des parcours de manifestation.
Un appel commun au secteur public et au privé. Les salariés et les fonctionnaires sont invités à cesser le travail pour réclamer des hausses de salaires, tandis que les jeunes et les retraités sont appelés à grossir les défilés. Le mouvement rassemble aussi les lycéens et les étudiants déjà mobilisés, les gilets jaunes engagés contre la vie chère, et des agriculteurs de la Confédération paysanne. La CFDT anticipe une forte participation, comparable à celle des grands rendez-vous sur les retraites. Lors du précédent grand mouvement sur les retraites, les autorités avaient compté jusqu’à près de 1,3 million de personnes dans la rue. Pour cette mobilisation, elles attendent 500 000 à 700 000 personnes hors de Paris et 40 000 à 80 000 dans la capitale. Quelque 70 000 policiers et gendarmes sont déployés, avec la promesse d’une réponse très ferme en cas de débordements.
Les revendications touchent directement le quotidien. Les syndicats demandent une revalorisation du Smic, une augmentation générale des salaires, plus de justice fiscale, la préservation des services publics et de meilleures conditions d’études. Sur le Smic, seul salaire minimum à évoluer automatiquement, le gouvernement laisse entendre que des annonces viendront sans confirmer un coup de pouce. FO réclame d’accélérer sur le Smic et d’ouvrir une négociation éclair sur les salaires. L’organisation prévient déjà que d’autres manifestations et une grève reconductible pourraient suivre. Dans les entreprises, l’ampleur du suivi reste incertaine, alors que le pouvoir d’achat se dégrade.
Le coût de la vie nourrit la colère. La hausse des prix des carburants et un projet de budget présenté comme austère pèsent sur les ménages. Une personne sur deux dit s’en sortir difficilement avec les ressources de son foyer, selon un baromètre réalisé pour un collectif d’associations et de syndicats dont la CFDT. Ce contexte explique pourquoi la mobilisation ne se limite pas aux seuls salaires. Il donne aussi plus de poids aux critiques contre les restrictions de manifestation.
Les parcours de défilé sont devenus un bras de fer. Après des défilés marqués par des violences et des affrontements avec les forces de l’ordre, la question des tracés est devenue un point de tension. Plusieurs villes ont interdit le passage dans certaines zones des centres-villes. À Toulouse, l’intersyndicale maintient son parcours initial. À Bordeaux, un accord a été trouvé après de longues négociations, avec un périmètre d’interdiction dans les rues les plus commerçantes. À Lyon, la préfecture a obtenu gain de cause devant la justice après avoir proposé un autre itinéraire. À Paris, le tribunal administratif a validé un parcours alternatif entre les places de la République et de la Nation. La CGT en Île-de-France appelle à rejoindre ce tracé. La secrétaire générale de la CGT dénonce une dérive autoritaire du gouvernement. Le Syndicat de la magistrature, le Syndicat des avocats de France et la Ligue des droits de l’homme ont saisi le Conseil d’État et parlent d’une bascule autoritaire.
La contestation ne devrait pas s’arrêter à cette seule journée. La coordination des gilets jaunes appelle à un rassemblement place de la Concorde, malgré l’interdiction, et à des actions coordonnées avec des syndicats et associations de défense du droit au logement de six autres pays européens contre la vie chère. Chez Renault Trucks, un délégué syndical central CGT observe un phénomène cumulatif. La sympathie pour le mouvement des lycéens et des étudiants ne faiblit pas, et les inquiétudes sur les interdictions de manifester font réagir des personnes qui prennent rarement la parole. Ce mélange de colère salariale, de défense des libertés et de fatigue face aux prix pourrait donner au mouvement une portée plus large que prévu.
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