Politique
Hollande patiente, sillonne la France et laisse Glucksmann sous pression
François Hollande n’a pas renoncé à la présidentielle et repousse sa décision à janvier, le temps de voir ce que devient la dynamique de Raphaël…

François Hollande n’a pas renoncé à la présidentielle et repousse sa décision à janvier, le temps de voir ce que devient la dynamique de Raphaël Glucksmann. L’ancien chef de l’État mise sur son expérience et son carnet d’adresses pour se poser en homme du rassemblement.
Raphaël Glucksmann a beau avoir remporté la primaire de la gauche sociale-démocrate dès le premier tour, François Hollande ne range pas ses affaires. L’ancien président continue de parcourir le pays et peaufine son retour. Seule nuance, et elle compte, le calendrier a bougé. La déclaration promise pour décembre glisse vers janvier. Deux raisons à cela, selon son entourage. Le paysage politique n’est « pas encore dégagé » et le mouvement social reste très présent. Prendre quelques semaines de plus permet aussi d’observer l’évolution de Raphaël Glucksmann dans les intentions de vote, où sa dynamique ne se confirme pas pour l’instant. François Hollande, lui, est crédité de 7 à 8 %.
En attendant, l’agenda est chargé. Marseille, la Corrèze, la Bretagne, la Vienne, Le Mans, et un petit-déjeuner avec une douzaine de patrons du CAC 40. Wilfrid Pailhès, membre de l’équipe de campagne, savoure. « L’agenda est plein. Il tourne non stop, il est invité partout. » Selon lui, aucune invitation ne voit en François Hollande un homme du passé. Partout, on lui parle de la présidentielle, on réclame de la stabilité et un profil rassurant. Ce rythme fait grincer des dents chez certains socialistes, qui trouvent le démarrage de Raphaël Glucksmann poussif et sa présence sur le terrain trop rare. L’un d’eux lâche, un brin agacé, qu’il faudrait regarder la méthode Hollande, le réseau, les chefs d’entreprise, les élus, le travail de fond.
Car l’objectif est clair. François Hollande veut incarner celui qui peut battre Marine Le Pen au second tour. Le paysage sondagier s’y prête, avec Édouard Philippe qui a reculé au profit de Jean-Luc Mélenchon, ce dernier restant donné perdant face à l’extrême droite. Fin août, à Sens, dans l’Yonne, les deux hommes avaient débattu. L’ancien Premier ministre d’Emmanuel Macron avait reconnu que François Hollande avait « une capacité de rassemblement plus large ». Réponse de l’intéressé, il faut d’abord franchir le cap du premier tour. Voilà tout l’enjeu. Paraître rassembleur aux yeux d’une opinion déboussolée, sur le plan national comme international, en s’appuyant sur sa stature et son expérience.
Il ne veut pourtant pas passer pour un candidat de substitution à Raphaël Glucksmann. « Le sujet ce n’est pas Glucksmann, insiste son entourage. C’est de savoir si quelqu’un est en mesure de se placer au second tour. » Il ne s’autodéclarera pas, précise Wilfrid Pailhès, qui mise sur des sondages de second tour favorables et des appels de personnalités. Il a des atouts pour rassembler plus large que le Parti socialiste, plaide-t-il. François Hollande se démarque aussi sur le fond. Il a lancé l’idée d’une TVA sociale, une mesure jugée centriste plutôt que de gauche par un élu local, preuve selon lui qu’il ne joue pas les remplaçants. Sur le budget, il annonce qu’il ne le censurera pas, quand le reste du PS s’y prépare. Une députée socialiste résume sa stratégie. Il a théorisé un espace à lui, celui où on ne veut pas du désordre, la social-démocratie et les macronistes.
Tout le monde n’y croit pas. Un proche de Raphaël Glucksmann estime que l’écart s’est creusé, parce que François Hollande s’est imaginé en nouveau chef du bloc central, et que ses soutiens jugent désormais l’heure trop tardive. Un député du mouvement de Glucksmann le voit pourtant comme la principale menace. À l’inverse, un soutien d’Olivier Faure balaie l’idée, convaincu qu’il n’y a pas d’envie de François Hollande dans le pays et aucun socle pour le premier tour. Même un proche de Gabriel Attal, qui le trouve redoutable et très fort, a du mal à lui voir un espace, y compris si Raphaël Glucksmann venait à s’effondrer. L’intéressé, lui, continue de tourner.
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