Europe
Le général Syrsky, entre gloire militaire et accusations de « boucher »
Le commandant en chef de l’armée ukrainienne, Oleksandre Syrsky, pourrait être démis de ses fonctions. Mais son éventuel départ intervient alors que…


Le commandant en chef de l’armée ukrainienne, Oleksandre Syrsky, pourrait être démis de ses fonctions. Mais son éventuel départ intervient alors que l’Ukraine semble regagner du terrain sur le front._
Syrsky, 60 ans, a dirigé les opérations les plus marquantes de Kiev depuis l’invasion russe. Il a stoppé l’avancée sur Kiev en 2022, orchestré la contre-offensive victorieuse dans la région de Kharkiv et lancé l’audacieuse attaque sur Koursk en août 2024. Pourtant, son style de commandement hérité de l’école soviétique lui vaut une réputation sulfureuse. Ses détracteurs l’appellent « le boucher », lui reprochant de sacrifier trop de soldats sans ménagement. Un haut responsable ukrainien avait justifié sa nomination en affirmant qu’un général d’armée se devait d’être dur. Mais les pertes massives sur le front, qui compliquent le recrutement, ont fini par exaspérer une partie de l’opinion et de l’état-major.
Le conflit a éclaté au grand jour avec l’éviction surprise du ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov, un jeune technocrate de 35 ans. Ce dernier, jamais militaire, militait pour une révolution technologique dans l’armée : drones, innovations, réorganisation en profondeur. Après son départ, des manifestations ont réclamé son retour et le renvoi de Syrsky. Fedorov a accusé le général d’avoir bloqué toutes ses initiatives. Syrsky a répliqué qu’on gagne une guerre sur le terrain, pas dans les médias, et a appelé à régler ces divergences à huis clos.
Né en Russie soviétique et formé à Moscou, Syrsky a rejoint l’armée ukrainienne après la chute de l’URSS. Ses parents et son frère vivent toujours en Russie, mais il ne les voit plus. Marié et père de deux fils, il se tient loin de la politique et affirme n’avoir aucune ambition politicienne. Une loyauté qui séduit le président Zelensky, méfiant envers les généraux trop populaires. Son prédécesseur Valeri Zaloujny avait été écarté et envoyé à Londres. Syrsky, lui, parle mal l’ukrainien et évite les projecteurs. Un analyste lui reproche d’avoir étouffé l’initiative au profit d’un cercle de généraux loyaux. Pour l’heure, aucun successeur ne semble évident. Le nom de Mykhaïlo Drapaty, 43 ans, populaire et chef des forces interarmées, circule. Mais comme le résume un expert, Zelensky aurait besoin d’une version plus jeune de Syrsky : plus flexible, plus communicatif. Et cette personne reste à trouver.
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