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Des drones ukrainiens aux noms qui claquent

Derrière des appellations provocantes comme « Pissioun » ou « Fuck Poutine », les drones ukrainiens deviennent des armes psychologiques. Ces noms, entre…

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Des drones ukrainiens aux noms qui claquent

Derrière des appellations provocantes comme « Pissioun » ou « Fuck Poutine », les drones ukrainiens deviennent des armes psychologiques. Ces noms, entre humour noir et rage, sont devenus des symboles de résistance.

Au salon aéronautique de Farnborough, près de Londres, un drone attire les regards et les selfies. Le PS-1 Sun, fabriqué par l’entreprise SkyFall, porte un surnom qui fait sourire et grincer des dents. Les Ukrainiens l’appellent « pissioun », un mot qui signifie « zizi » en langage familier. Ce petit engin est devenu un intercepteur star, chargé d’abattre les drones Shahed russes. Son nom a même donné naissance à un verbe. Quand un drone kamikaze russe est détruit, on dit qu’il a été « pissiouné ». L’entreprise a poussé le bouchon plus loin en dévoilant le PS-1 Sun Jet Killer, spécialement conçu pour contrer les nouveaux Shahed à réaction. Un porte-parole de SkyFall, visage caché sous une cagoule et torse orné d’un T-shirt « Pissioun », présente fièrement le modèle aux caméras. Pour lui, ce n’est pas juste du marketing. C’est une manière de redonner le sourire aux militaires. « Nous voulions créer un produit efficace et aussi remonter un peu le moral. Et nous y sommes parvenus. La mythologie est lancée, ce drone est devenu une star mondiale », confie-t-il à l’AFP, sous couvert d’anonymat.

Cette créativité ne s’arrête pas là. Chez Firepoint, un autre géant ukrainien spécialisé dans les frappes en profondeur, les drones FP1 et FP2 portent officiellement les initiales de l’entreprise. Mais en interne, le message est sans équivoque. Ces lettres signifient « Fuck Poutine ». Du côté d’Ukroboronprom, le conglomérat d’État qui regroupe les fabricants d’armement, chaque nom raconte une histoire. Le drone d’attaque « Liutyï » a un double sens. Il signifie à la fois « février », le mois de l’invasion russe en 2022, et « furieux ». Un autre s’appelle « Palianytsia », une miche de pain blanche traditionnelle ukrainienne. Ce mot est presque impossible à prononcer pour un russophone, ce qui en fait un test parfait pour distinguer un ami d’un ennemi. Puis il y a « Peklo », qui veut dire « enfer » en ukrainien. Ce nom a été choisi par le président Volodymyr Zelensky en personne pour un drone d’attaque. Selon un responsable d’Ukroboronprom, c’est une vengeance pour toute l’Ukraine et une punition pour les destructions subies, notamment celle du Mriya, le plus grand avion-cargo du monde, pulvérisé dès les premiers jours de l’invasion.

Ces noms ne sont pas de simples jeux de mots. Ils portent une charge émotionnelle énorme dans un pays qui vit sous les bombes depuis plus de quatre ans. Entre humour noir, colère et besoin de survie, chaque appellation devient un étendard. « Ce n’est pas juste un énième produit commercial fabriqué pour gagner de l’argent. C’est un objet qui nous protège, qui nous permet de vivre un jour de plus, qui nous permet de revoir nos proches », explique le responsable d’Ukroboronprom. Beaucoup de ses collègues, dit-il, quittent leur maison le matin sans savoir s’ils rentreront le soir. Dans ce contexte, les noms grotesques ou rageurs des drones ne sont pas une fantaisie. Ils sont une arme psychologique autant qu’un cri de résistance. Ils transforment des machines en symboles, et donnent à chaque interception ou frappe une dimension supplémentaire.

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