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Le géant d’acier qui défie les vents de l’extrême droite dans l’est de l’Allemagne

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Dans l’est de l’Allemagne, une tour de 365 mètres s’élève pour devenir la plus haute éolienne terrestre du monde, portant les espoirs d’une transition énergétique contestée dans une région acquise aux thèses climatosceptiques.

L’édifice, conçu par l’entreprise allemande Gicon, repose sur un principe technique inédit. Une tour télescopique, capable d’atteindre des hauteurs jamais explorées par les éoliennes terrestres, doit permettre de capter des vents plus forts et plus réguliers. « Cela signifie un rendement deux fois supérieur à celui des éoliennes classiques », assure Jochen Grossmann, fondateur du groupe basé à Dresde. Le projet, soutenu par l’État à hauteur de 20 à 30 millions d’euros via son agence pour les innovations de rupture, suscite l’intérêt à l’étranger mais provoque des remous dans la région de la Lausace, ancien bassin houiller où le parti d’extrême droite AfD réalise des scores massifs.

Un matin pluvieux de mai, l’installation a doublé de taille en quelques heures, portée par 350 tonnes d’acier hissées par d’immenses grues jaunes. L’éolienne atteint désormais 100 mètres, soit la hauteur des cinquante machines qui peuplent déjà le parc de Schipkau, érigé en l’an 2000. Une fois achevée, cette tour d’acier pourra fournir de l’électricité à 7 500 foyers sur une année entière, assure Frank Adam, directeur du chantier. Ce dernier a pourtant accusé un retard d’environ un an et génère des coûts « fondamentalement plus élevés » que la normale.

Pour Jochen Grossmann, ce projet est crucial. « Nous n’avons en Allemagne aucune alternative en dehors du soleil et du vent », insiste-t-il, alors que le pays sort du charbon et du nucléaire. Il ajoute que la fermeture du détroit d’Ormuz, liée au conflit israélo-américain en Iran, montre que « nous entrons dans une nouvelle dépendance vis-à-vis du gaz et du pétrole ». De son côté, la ministre conservatrice de l’économie, Katherina Reiche, critique le coût élevé des renouvelables et prône le développement de centrales à gaz pour compenser leur intermittence.

Cette méga-éolienne illustre la volonté de la première économie européenne de rester dans la course à l’innovation énergétique, sur fond de crise industrielle, de sous-investissement chronique et de flambée des prix de l’énergie provoquée par les conflits en Ukraine et en Iran. Autour de Schipkau, les immenses mines de charbon à ciel ouvert, autrefois source de prospérité, ferment progressivement jusqu’en 2038, conformément aux objectifs climatiques de Berlin. Cette transition complexe a créé un terreau fertile pour l’AfD, grand défenseur des énergies fossiles, partisan du rétablissement des importations de gaz russe et opposant à la sortie du charbon. Lors des élections fédérales de 2025, le parti a récolté près de la moitié des voix à Schipkau.

Le principal parti d’opposition d’Allemagne pointe également les microplastiques que les éoliennes rejettent dans l’air, bien que les études scientifiques ne constatent pas d’impact sur la santé. « Lorsqu’il y a de telles atteintes fondamentales pour les habitants, alors ils devraient être consultés », exige Birgit Bessin, députée fédérale AfD de cette circonscription, évoquant aussi l’opposition des chasseurs et d’un aérodrome local. De temps à autre, des curieux s’approchent des grilles du chantier, parfois remontés contre le projet, raconte l’équipe de Gicon.

En poste depuis seize ans, le maire indépendant de Schipkau mise sur les retombées économiques directes pour convaincre. Soixante pour cent des recettes fiscales locales proviennent des énergies renouvelables. Avec ces profits, la mairie verse chaque année 80 euros par habitant, une « mesure d’acceptation », selon l’édile. Birgit Bessin lui reproche au contraire de vouloir « acheter les gens » et réclame l’arrêt des subventions aux renouvelables. « Il y a toujours des personnes à qui les éoliennes ne plaisent pas », constate Klaus Prietzel, qui souhaite « embarquer les citoyens » et rejette le « vent contraire » impulsé par l’AfD. La commune ambitionne par ailleurs, à moyen terme, de devenir propriétaire de la méga-éolienne, synonyme de prix de l’électricité réduits pour les habitants, promet-il.

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