Monde
Dangote promet une raffinerie record au Kenya sans savoir d’où viendra le pétrole
L’homme le plus riche d’Afrique a choisi Lamu pour sa nouvelle mégaraffinerie. Pourtant, le projet bute sur un problème de taille, personne ne sait d’où…

L’homme le plus riche d’Afrique a choisi Lamu pour sa nouvelle mégaraffinerie. Pourtant, le projet bute sur un problème de taille, personne ne sait d’où viendra le brut nécessaire pour la faire tourner.
Aliko Dangote a tranché. Sa prochaine mégaraffinerie de pétrole, la plus grande d’Afrique de l’Est, sera construite à Lamu, sur la côte kenyane. Le groupe du milliardaire nigérian vient de confirmer l’information, mettant fin à des mois de spéculation entre le Kenya et la Tanzanie. L’installation devrait pouvoir traiter 700 000 barils de pétrole par jour, soit plus que la capacité actuelle de sa raffinerie nigériane, déjà la plus grande du continent. Mais si l’emplacement est enfin fixé, le calendrier reste flou. Aucun accord de financement n’a encore été signé, et surtout, personne ne peut dire avec certitude quel pétrole alimentera cette machine géante.
Pour l’instant, les sources potentielles sont toutes bancales. Le président kényan William Ruto a évoqué le pétrole de la RDC, du Soudan du Sud, de l’Ouganda et même du Kenya. Mais dans les faits, l’or noir est loin d’être prêt à couler. Au Kenya, les premiers barils sont attendus pour fin 2025, mais en quantité trop faible pour une raffinerie de cette taille. La RDC produit à peine 20 000 barils par jour, et depuis la côte atlantique, à plus de 3 000 kilomètres de Lamu. Le Soudan du Sud, lui, pompe 174 000 barils par jour, mais tout part vers le Soudan voisin. Un oléoduc de 1 500 kilomètres reliant ses champs au port de Lamu est en pause depuis plus de dix ans, à cause de l’insécurité et d’un coût estimé à 1,5 milliard de dollars.
Reste l’Ouganda, le seul pays d’Afrique de l’Est capable de fournir du brut à court terme. Mais le pétrole ougandais ne sortira pas avant 2027, via l’oléoduc Eacop qui doit relier l’ouest du pays au port de Tanga en Tanzanie. Et encore, cet oléoduc ne pourra transporter que 246 000 barils par jour, dont il faudra retrancher 60 000 pour la propre mini-raffinerie ougandaise. Surtout, le pétrole ougandais est majoritairement exploité par TotalEnergies. Et le géant français, qui voit ses marges grignotées par la raffinerie nigériane de Dangote, n’a aucun intérêt à lui vendre son brut. Les experts interrogés doutent que le projet voie le jour avant des décennies, tant les obstacles sont nombreux. Le pétrole ougandais, découvert en 2006, n’a toujours pas été extrait. Alors une raffinerie géante à Lamu, c’est un pari qui demande beaucoup de patience.
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