Planète
La lutte climatique prise au piège de l’incertitude
Climatologues, économistes et politiques s’accordent sur l’urgence d’agir. Mais personne ne s’entend sur la méthode, et ce flou nourrit les peurs et les…


Climatologues, économistes et politiques s’accordent sur l’urgence d’agir. Mais personne ne s’entend sur la méthode, et ce flou nourrit les peurs et les extrêmes.
Pendant trois jours, à Aix-en-Provence, chercheurs, chefs d’entreprise et responsables politiques ont répété une même vérité. Le réchauffement climatique est bien réel, et l’écrasante majorité de l’opinion publique le reconnaît. Pourtant, un paradoxe gronde en dessous. Personne ne peut prédire exactement comment le changement va se manifester. Certains évoquent même un possible refroidissement brutal de l’Europe si le Gulf Stream venait à ralentir. Cette première incertitude en cache une autre, plus déstabilisante. Quelles actions faut-il vraiment entreprendre pour limiter la casse et s’adapter à un futur flou ?
Ce vertige ouvre la porte à des réponses radicales. D’un côté, ceux qui nient le problème et veulent ne rien changer. De l’autre, les partisans d’une décroissance punitive, prêts à sacrifier les revenus et la croissance pour sauver la planète. Mais ces deux extrêmes mènent au même résultat. L’inaction aggrave la catastrophe. La punition collective asphyxie l’économie sans régler le fond du problème. Entre ces deux impasses, des voix plus mesurées tentent de tracer une voie. Trois options se dessinent. La première consiste à multiplier les réglementations et les interdictions, façon père fouettard. Problème, sur plusieurs décennies, ce type de contrôle nourrit les populismes et finit par étouffer l’adhésion populaire. La deuxième, chère aux économistes, repose sur la taxation du carbone. Un signal-prix clair, oui, mais qui exige d’estimer des coûts futurs très aléatoires. En France, les gilets jaunes ont montré les limites de cette méthode quand elle heurte le porte-monnaie des gens.
Reste la troisième option, l’incitation à innover. C’est la plus séduisante, car elle mise sur la créativité plutôt que sur la contrainte. Mais elle impose d’accepter qu’on ne contrôle pas parfaitement le chemin vers la décarbonation. Une faiblesse que les cyniques ne se privent pas d’exploiter. Alors, où mettre son argent si on veut agir concrètement pour le climat ? Certains parlent d’investir dans les entreprises déjà vertes. Mais leur potentiel de profit est souvent plus faible que celui des entreprises brunes, celles qui n’ont pas encore fait leur transition. Paradoxe cruel, ce sont ces dernières qui auraient le plus besoin de capitaux pour verdir. Difficile à expliquer au grand public. Une piste émerge pourtant. L’investissement dans la tech et l’innovation semble faire consensus. Mais l’Europe accuse un retard préoccupant. Pour le rattraper, les discussions d’Aix ont mis sur la table des idées comme une agence européenne inspirée de la DARPA, des incitations fiscales pour la recherche risquée et un redéploiement des budgets publics vers la science de pointe. Si les décideurs passent des paroles aux actes, c’est sans doute là que les épargnants devraient regarder en priorité.
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