Monde
Le ciel de Gaza n’appartient plus aux enfants
Ahmed, 10 ans, a dû ranger son cerf-volant après les avertissements d’Israël. Ce petit jouet fabriqué à la main est devenu un motif de frappes.


Ahmed, 10 ans, a dû ranger son cerf-volant après les avertissements d’Israël. Ce petit jouet fabriqué à la main est devenu un motif de frappes.
Pendant des jours, Ahmed Hamdouna a couru entre les ruines de son quartier pour ramasser des bâtons, du nylon, des morceaux de papier. Il fabriquait des cerfs-volants, l’un des rares plaisirs qui lui restaient dans une enfance brisée par la guerre. Mais cette joie s’est arrêtée net. Son père lui a interdit de les lancer. Israël a prévenu qu’il intensifierait ses opérations militaires dans la bande de Gaza si de nouveaux cerfs-volants touchaient son territoire. « Ils ont détruit nos maisons et tout notre quartier, que veulent-ils de plus », s’indigne le garçon, déplacé à Deir el-Balah. Il n’arrive pas à digérer d’avoir passé tant d’heures à chercher des matériaux pour un jouet inutilisable.
La menace n’est pas nouvelle. Il y a quelques années, des cerfs-volants et des ballons incendiaires lancés depuis Gaza avaient déclenché des incendies dans les terres agricoles du sud d’Israël. Cette fois, la semaine dernière, des cerfs-volants ont de nouveau été retrouvés dans des localités israéliennes. Aucun explosif, mais au moins l’un d’eux portait un message politique. Le Hamas a démenti toute implication. De son côté, un responsable du Conseil de paix chargé de superviser le plan de sortie de guerre a mis en garde mardi. « Toute activité militante à Gaza doit cesser, y compris faire voler des cerfs-volants », a-t-il lancé, avant d’ajouter qu’Israël devait aussi respecter le cessez-le-feu. Le porte-parole du Hamas affirme que les responsables des camps de déplacés tentent d’empêcher les enfants de jouer, par peur qu’ils soient visés par l’armée israélienne. Et malgré la trêve entrée en vigueur en octobre 2025, les frappes meurtrières continuent presque chaque jour, officiellement pour viser des membres du Hamas.
Les enfants, eux, ne comprennent pas les calculs militaires. Yamen al-Mubayyed, 11 ans, explique qu’il n’y a ni jouets, ni parcs d’attractions, ni même un ballon de football dans son camp de déplacés. « Le cerf-volant est la seule chose que l’on peut fabriquer de nos propres mains », dit-il. Avec ses amis, il récupère du bois dans les maisons détruites, un peu de papier, de la ficelle et une colle improvisée avec de l’eau et de la farine. « Cela nous fait sentir libres », souffle-t-il. Mais cette liberté a un prix. Certains parents, comme Akram Abou Chourkh, voient la mort dans ces jeux et ont tout interdit, même si cela éteint la joie dans les yeux de leurs enfants. D’autres, comme Oum Moaz Houwayla, n’ont pas eu le courage d’interdire. « Ils ne demandent pas grand-chose, juste vivre leur enfance, même avec un bout de ficelle et une feuille de papier », regrette-t-elle. Ahmed, lui, répète qu’il ne veut faire de mal à personne. Juste jouer, comme les enfants partout ailleurs. Mais à Gaza, un cerf-volant n’est plus un jouet. C’est devenu une provocation.
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