Politique
Mayotte, un an et demi après Chido, Lecornu veut passer la seconde
Le Premier ministre est à Mayotte pour accélérer la reconstruction et montrer sa fermeté sur l’immigration clandestine. Mais les Mahorais, toujours en…


Le Premier ministre est à Mayotte pour accélérer la reconstruction et montrer sa fermeté sur l’immigration clandestine. Mais les Mahorais, toujours en colère contre la vie chère, attendent des actes concrets et rapides
Sébastien Lecornu a mis les pieds dans le dur dès son arrivée à Mayotte. Il a présidé une réunion de l’état-major opérationnel chargé de lutter contre l’immigration clandestine, sur la base navale de Dzaoudzi. Un signal fort, alors que ce sujet cristallise la colère d’une partie des Mahorais. Il a annoncé que la France conditionnerait son aide publique au développement à une meilleure coopération des pays concernés. La liste comprend les Comores, le Burundi, la Tanzanie, la République démocratique du Congo, le Rwanda, la Somalie et le Kenya. En échange de ces financements, Paris attend un engagement concret contre les passeurs et une vraie capacité à reprendre les personnes en situation irrégulière.
Le dernier recensement de l’Insee fait état de 323.000 habitants. Près de la moitié de la population était de nationalité étrangère en 2017. Des demandeurs d’asile viennent en majorité des Comores voisines, mais de plus en plus de la région des Grands Lacs. Pour endiguer les arrivées, le gouvernement passe à la vitesse supérieure. Des drones et des ballons captifs vont surveiller les approches. Le nombre de navires intercepteurs doit passer de neuf à treize entre 2026 et 2028. Et pour la première fois, un détachement de la Légion étrangère va être déployé sur l’îlot M’tsamboro, au nord-ouest de l’archipel. Sébastien Lecornu était entouré de six ministres, dont ceux de la Défense et de l’Intérieur. Une manière de montrer que la réponse est globale et sécuritaire.
Mais la sécurité ne fait pas tout. À son arrivée, le Premier ministre a été accueilli par des manifestants qui réclament une hausse des salaires pour faire face à la vie chère. L’intersyndicale doit être reçue par ses conseillers. Il assure sur X que la reconstruction doit accélérer et que les Mahorais attendent des résultats. Il promet de lever les blocages, avec pour chaque projet un responsable, une date et un résultat vérifiable.
Reste que les difficultés sont encore là. L’accès à l’eau et aux soins reste compliqué, et la construction ou la rénovation des écoles prend du retard. Le Premier ministre reconnaît cette impatience, il dit même la partager dans un courrier adressé aux maires. La loi votée en août 2025, après le passage du cyclone qui a fait au moins 40 morts le 14 décembre 2024, prévoit environ quatre milliards d’euros de crédits sur cinq ans. Mais à ce stade, seulement 12% des engagements votés et délégués en 2026 ont été dépensés. De quoi alimenter le sentiment que rien n’avance et nourrir les critiques.
Pour son premier déplacement en outre-mer depuis sa nomination, Sébastien Lecornu va visiter un quartier en renouvellement urbain, rencontrer des écoliers et s’exprimer devant l’Assemblée de Mayotte. Ensuite, il recevra les maires pour parler reconstruction. Mais son arrivée ne fait pas que des heureux. La députée Estelle Youssouffa s’interroge sur la venue d’un Premier ministre « les mains vides » et dénonce un « tourisme ministériel » qui peut passer pour de la provocation. Anchya Bamana, du Rassemblement national, réclame le démantèlement du camp de Tsoundzou 2, où vivent plus d’un millier de demandeurs d’asile dans la précarité. Elle demande aussi un bateau de la Marine nationale pour surveiller les côtes.
Ce déplacement intervient dans un contexte électoral tendu. Mayotte est un territoire où Marine Le Pen a obtenu 59% des voix au second tour de la présidentielle de 2022, et elle pourrait encore y être en tête au printemps prochain. Édouard Philippe, candidat d’Horizons, est venu la semaine dernière avec des propositions pour « fermer les vannes de l’immigration ». Bruno Retailleau, pour Les Républicains, a dénoncé un État qui ne répond plus aux urgences. Sébastien Lecornu, lui, promet de revenir début 2027 et annonce la mise en place d’un comité de suivi interministériel d’ici là.
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