Monde
La longue quête des disparus du Kosovo, vingt-cinq ans après la guerre

Des familles kosovares continuent de rechercher les dépouilles de leurs proches, près de trois décennies après le conflit. Un travail de fourmi, entravé par les séquelles des violences et les tensions politiques persistantes.
Halit Krendali scrute la terre retournée par les engins. Comme lui, des milliers de personnes au Kosovo poursuivent une quête douloureuse, celle de retrouver les restes de membres de leur famille disparus pendant la guerre de la fin des années 1990. Près de trente ans après la fin des hostilités entre les forces serbes et la guérilla indépendantiste albanaise, environ mille six cents personnes sont toujours portées disparues. Le conflit avait fait près de treize mille morts.
Sur le site de Perzhina, dans le sud du pays, des experts médico-légaux procèdent à de nouvelles fouilles. Ils espèrent y retrouver des dizaines de corps. Pour Halit Krendali, septuagénaire à la recherche de son oncle, chaque visite sur ces lieux est une épreuve. Les recherches sont complexes. De nombreuses fosses communes ont été démantelées après la guerre, les corps ayant été déplacés, parfois à des centaines de kilomètres, pour dissimuler les crimes. Cette pratique rend le travail d’identification extrêmement difficile.
L’Institut de médecine légale de Pristina conserve ainsi les restes non identifiés de plusieurs centaines de personnes. L’état des ossements, souvent endommagés ou brûlés, empêche fréquemment d’établir un profil ADN. Pour les familles, l’attente se prolonge, sans garantie de réponse. Naxhije Dushi cherche toujours son frère, enlevé en 1999. Elle espère simplement un lieu où se recueillir.
Parfois, l’identification aboutit, offrant un semblant de paix aux proches. Le maire d’une commune évoque l’importance pour les familles d’avoir enfin un endroit où déposer une fleur. Ces rares conclusions ne suffisent pas à apaiser les tensions politiques entre Pristina et Belgrade. La Serbie, qui ne reconnaît pas l’indépendance du Kosovo, et les autorités kosovares s’accusent mutuellement de freiner les investigations. Une commission mixte a été établie début 2024, mais la méfiance perdure, notamment sur l’accès aux archives militaires.
Pour Halit Krendali et tant d’autres, le temps presse. Cette attente interminable pèse chaque jour un peu plus. Il parcourt le pays pour assister aux exhumations, animé par l’espoir ténu de pouvoir un jour offrir une sépulture à son oncle. Une quête de vérité et de dignité qui demeure, pour beaucoup, inachevée.

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