Faits Divers
La France dit stop après la mort de Lyhanna, 11 ans
Des milliers de personnes ont défilé à Fleurance pour Lyhanna, 11 ans. Derrière l’émotion, l’indignation monte face à une justice qui n’a pas protégé la…


Des milliers de personnes ont défilé à Fleurance pour Lyhanna, 11 ans. Derrière l’émotion, l’indignation monte face à une justice qui n’a pas protégé la fillette.
Ils étaient plusieurs milliers à marcher en blanc, fleurs à la main, dans les rues de cette petite commune du Gers. Les parents et le frère de Lyhanna ouvraient le cortège, une banderole tendue devant eux avec un message simple et déchirant. « Plus jamais ça. On t’aime. Tu nous manques. » Dans la foule, des anonymes venus de loin, comme Céline, 41 ans, une rose blanche serrée contre elle. « J’ai deux enfants. Ça aurait pu arriver à ma famille », dit-elle la voix serrée. Elle-même victime de violences sexuelles pendant dix ans, elle supplie les petites filles de parler. « Il faut qu’elles aient le courage d’en parler pour elles. » Manola, retraitée, a fait 50 kilomètres pour être là. Elle aussi a été violée à 17 ans. Elle est venue pour ses filles et ses petites filles. « Malheureusement la justice ne fait rien pour ces gens-là », lâche-t-elle. Tout autour, le dispositif est lourd. 150 gendarmes encadrent la marche.
Le principal suspect s’appelle Jérôme B., 41 ans. Il a été mis en examen pour enlèvement et séquestration après la mort de Lyhanna. Mais ce n’est pas un inconnu des services. Il était déjà visé par quatre plaintes pour viols sur mineurs et deux signalements, dont un pour comportement inapproprié envers une lycéenne. Pourtant, il n’avait jamais été entendu. La première plainte, déposée en 2022, a été classée sans suite. La deuxième, déposée en août 2025, n’a été reçue par le parquet d’Auch qu’en décembre, puis transmise à la gendarmerie en janvier 2026. Jérôme B. n’a jamais été interrogé. Un raté judiciaire qui met le feu aux poudres. Dans le village où il habitait, le panneau d’entrée a été recouvert d’un drap blanc tagué d’un message sans appel. La colère est partout.
Jusqu’au sommet de l’État, la mécanique judiciaire est accusée. Gérald Darmanin, furieux, a présenté les excuses de la Justice à la famille de Lyhanna. Emmanuel Macron, depuis le Monténégro, a parlé d’un dysfonctionnement inacceptable. « Aucun argument de moyens ne tient », a-t-il affirmé. Mais du côté des magistrats, on tempère. L’Union syndicale des magistrats redoute qu’on cherche des boucs émissaires. « Il faut que les inspections disent ce qui s’est vraiment passé », explique son secrétaire général adjoint. Il dénonce surtout la multiplication des circulaires sans se demander si les services ont les moyens de les appliquer. En attendant, une famille pleure sa fille et tout un pays se demande comment une telle série de bavures a pu laisser un prédateur libre si longtemps.
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