Europe
La fraise française mise sur le hors-sol pour sauver son goût

Dans la vallée du Rhône, la saison des fraises bat son plein et le parfum envahit les serres. Pour résister à la concurrence espagnole, les producteurs français ont dû révolutionner leurs méthodes de culture.
Dans cette exploitation du nord-Isère, des dizaines de cueilleurs s’activent chaque jour pour récolter des fraises mûries à point. Une course contre la montre, car c’est la maturité qui fait la différence gustative. Les plants s’étendent sur plus de 100 kilomètres de linéaires, mais ils ne poussent plus en pleine terre. Installés dans des sacs de substrat à 1,20 mètre du sol, ils sont cultivés hors-sol sous abri. Un système qui a changé la donne pour la filière française. Alors que l’entrée de l’Espagne dans le Marché commun avait failli la mettre à terre, la profession s’est réorganisée. Résultat, la France produit 50 000 à 60 000 tonnes par an, couvre plus de la moitié de ses besoins et a réduit ses importations de 44 % en vingt ans. Le hors-sol est passé par là.
Ce mode de culture permet de planter jusqu’à 100 000 plants par hectare, contre 30 000 en pleine terre. La cueillette y est deux fois plus rapide. Un atout précieux pour recruter de la main-d’œuvre, car le travail debout est moins pénible. Les récolteurs, plus attentifs, manipulent mieux les fruits fragiles. Un représentant du secteur agricole lot-et-garonnais souligne que le confort améliore aussi la qualité du produit final. Pourtant, le hors-sol n’a pas droit au label Bio, réservé aux cultures en terre. Les producteurs assurent néanmoins leur engagement environnemental. L’herbe est maintenue au sol pour conserver l’humidité, les ravageurs sont combattus avec des prédateurs naturels, et l’arrosage au goutte-à-goutte est piloté à distance. La fibre de coco venue du Sri Lanka remplace la terre, enrichie d’engrais organiques.
Mais les défis restent nombreux. Le coût des plants, des substrats importés et du transport augmente. Les consommateurs le ressentent en magasin, où les fraises françaises sont jugées meilleures mais plus chères que les espagnoles. Pourtant, la filière estime être déjà au maximum de ses capacités. Les jeunes hésitent à s’engager, même dans ce hors-sol qui exige une présence sept jours sur sept. L’espoir vient de nouvelles variétés plus productives, toujours sélectionnées pour leurs qualités gustatives. Car le pari français reste le même, privilégier le goût plutôt que le volume, et récolter à pleine maturité pour séduire les consommateurs. Un pari qui semble payer, mais qui ne pourra pas tout résoudre.

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