Europe
Kosovo la lassitude citoyenne sanctionne des élections à répétition
Le parti du Premier ministre Albin Kurti arrive en tête des législatives anticipées, mais avec un score en net recul. Surtout l’abstention explose pour la…


Le parti du Premier ministre Albin Kurti arrive en tête des législatives anticipées, mais avec un score en net recul. Surtout l’abstention explose pour la troisième élection en seize mois.
Ce dimanche, les Kosovars étaient à nouveau appelés aux urnes. Et une fois de plus, ils ont boudé les isoloirs. Moins de 37% des 2 millions d’électeurs se sont déplacés. Un record de désintérêt pour ce scrutin, le troisième en moins d’un an et demi. En décembre, la participation atteignait encore 45%. Le message est clair : les citoyens en ont assez de voter sans voir de changement.
Le parti au pouvoir, Vetëvendosje (VV), remporte environ 44% des voix, selon des résultats partiels. C’est bien moins que les 51% obtenus en décembre. Son avance se réduit. Les deux principaux partis d’opposition, le PDK et la LDK, sont crédités respectivement de 21% et 18%. La Commission électorale parle de résultats préliminaires basés sur un tiers des bulletins. Mais la tendance semble nette : aucune majorité claire ne se dégage.
Derrière ces chiffres, c’est tout un système politique qui vacille. Depuis février 2025, le Parlement kosovar est dans l’impasse. Le VV était arrivé en tête mais n’avait pas réussi à former un gouvernement. Nouveau scrutin en décembre, nouvelle victoire du VV, nouveau gouvernement. Mais le Parlement a buté sur l’élection du président du pays, faute de compromis. Résultat : une nouvelle dissolution en avril. Et ces élections de dimanche, qui coûtent plus de 10 millions d’euros à l’un des États les plus pauvres d’Europe.
Les citoyens expriment leur lassitude sans détour. Gezim Selimi, enseignant à la retraite de 66 ans, a lâché un « ça suffit » après avoir voté. Il attend des partis qu’ils « travaillent pour le Kosovo ». Virgjina Dumnica, juge à la retraite de 71 ans, qualifie ce scrutin d’inutile. Elle dénonce l’immaturité des partis et l’argent gaspillé. Miranda Fazliu, programmeuse informatique, n’a même pas voté : selon elle, le résultat sera le même.
Les experts ne sont guère plus optimistes. Ardi Uka, chercheur en économie politique, estimait avant le scrutin que la crise allait se poursuivre. Safet Gerxhaliu, professeur à l’université de Pristina, parle d’une « crise systémique » sans précédent depuis l’indépendance de 2008. Cette paralysie a des conséquences concrètes. Le Kosovo n’a reçu que 62 millions d’euros sur les 980 millions promis par l’Union européenne dans le cadre du plan de croissance pour les Balkans occidentaux. Bruxelles conditionne les versements à des réformes que le pays n’arrive pas à adopter. Pendant ce temps, l’inflation dépasse 5% en janvier, tirée par la hausse des prix alimentaires, selon le FMI.
Basri Jonuzi, chimiste à la retraite, craint de nouveaux scrutins. Il ne s’attend à rien de bon. « Nous avons les mêmes personnes, la même mentalité », dit-il. Son espoir : mettre en place un système différent pour sortir du cercle vicieux. Un vœu partagé par beaucoup, mais qui semble encore loin de se réaliser.
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