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Kenya l’incendie qui a tué 16 filles et les vérités que personne ne veut voir

Seize adolescentes mortes dans l’incendie de leur pensionnat au Kenya. Un drame qui révèle les causes profondes d’un mal récurrent.

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Kenya l'incendie qui a tué 16 filles et les vérités que personne ne veut voir

Seize adolescentes mortes dans l’incendie de leur pensionnat au Kenya. Un drame qui révèle les causes profondes d’un mal récurrent.

Dans la nuit du 28 mai, 16 lycéennes ont péri dans l’incendie de leur dortoir à Gilgil, au nord de Nairobi. Les portes étaient verrouillées de l’extérieur. Les survivantes racontent avoir dû défoncer les issues pour s’échapper. Depuis, neuf pensionnaires ont été arrêtées, soupçonnées d’avoir allumé le feu. Mais ce drame isolé cache une réalité plus large rien qu’en 2026, plus de 50 incendies ont touché des établissements scolaires kényans. Les causes sont multiples et bien connues sous-financement chronique, bâtiments insalubres, règles de sécurité ignorées, corruption. Le système éducatif, hérité de l’époque coloniale britannique, repose sur des pensionnats souvent surpeuplés où les élèves passent des mois loin de chez eux. Certains dorment dans des cafétérias ou des couloirs transformés en dortoirs, en totale violation des normes. Selon l’Association des architectes du Kenya, 55 000 écoles publiques présentent des conditions de sécurité déplorables et leur mise à niveau prendra des années.

Les incendies ne sont pas toujours accidentels. Une psychologue kényane, Catherine Gachutha, explique que certains adolescents cherchent à imiter des événements survenus dans d’autres écoles ou transposent la violence des manifestations de rue. La pression scolaire est énorme dans un pays où seulement 10 à 20% de la population active a un emploi formel. Ces jeunes fréquentent un système qui ne leur promet aucun avenir et l’incendie peut devenir une forme de rébellion contre le gouvernement. Un directeur d’internat, témoignant sous couvert d’anonymat, dénonce la cupidité de certains chefs d’établissement qui surpeuplent leurs classes pour gagner plus d’argent. Il parle aussi de retards de financement public et de détournements. Résultat certains élèves utilisent le chantage pour faire pression. Des rumeurs circulaient avant la tragédie de Gilgil des élèves mécontentes des conditions de vie préparaient une action. Personne n’a pris la menace au sérieux.

Les promesses des autorités n’ont jamais été suivies d’effet. Après un incendie qui avait tué 21 garçons en 2024, le ministère de l’Éducation avait ordonné la transformation de 348 internats en externats. On ignore si cette mesure a été appliquée. Un survivant d’un incendie survenu il y a vingt ans résume le sentiment général nous n’avons tiré aucune leçon du passé. Les écoles n’ont pas les moyens de se doter de plans d’intervention incendie efficaces. Les portes restent verrouillées parce que certains conseils d’établissement estiment plus important d’empêcher les élèves de sortir en cachette que de les protéger. Ce cycle infernal se répète année après année, sans que rien ne change vraiment. Le Kenya continue de compter ses morts dans des dortoirs qui ressemblent à des pièges.

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