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Journalistes dans la rue pour alerter sur un métier qui vacille
Plusieurs centaines de professionnels de la presse ont défilé jeudi à Paris pour dénoncer une crise sans précédent. Plans sociaux à répétition, modèle…


Plusieurs centaines de professionnels de la presse ont défilé jeudi à Paris pour dénoncer une crise sans précédent. Plans sociaux à répétition, modèle économique fragilisé et irruption de l’intelligence artificielle menacent directement la qualité de l’information.
Sous un soleil de plomb, le cortège s’est élancé de la place de la Bourse, non loin du siège de l’Agence France-Presse, pour rejoindre le ministère de la Culture. Une grande banderole résumait le cri d’alarme « Défendons l’information, notre bien commun au service de la démocratie ». Pour Julien Fleury, reporter à Radio France et secrétaire général du premier syndicat de journalistes, cette mobilisation avait un goût particulier. « D’habitude, une grève sert à obtenir quelque chose de concret, comme le retrait d’une loi. Aujourd’hui, c’est pour l’honneur, pour nos valeurs. Il faut dire à nos lecteurs, auditeurs et téléspectateurs que l’information est en danger », a-t-il lancé.
Derrière ce cri, une réalité brutale. Les plans d’économies et les suppressions d’emplois s’enchaînent dans tout le secteur, de la presse régionale aux magazines nationaux. Le groupe Prisma, propriété du milliardaire conservateur Vincent Bolloré, a annoncé un vaste plan social qui prévoit la suppression de 40% de ses effectifs, soit 279 postes, dans des titres comme Capital, Geo ou Femme Actuelle. En tête du défilé, des manifestants portaient un cercueil rouge portant l’inscription « Prisma, Bolloré m’a tuer ». Même constat au sein du groupe Centre France, qui a dévoilé en avril son sixième plan social en douze ans, avec 152 postes supprimés. « Ce sont des choix désastreux. On leur explique que supprimer des journalistes, c’est se priver de matière, puisque ce sont eux qui vont sur le terrain récupérer les infos », a déploré Emmanuel Gougeon, délégué syndical à L’Yonne républicaine. Les inquiétudes grandissent aussi chez EBRA, filiale du Crédit Mutuel, qui édite neuf titres régionaux. Un comité social doit se tenir le 22 juin.
L’autre grande menace, c’est l’intelligence artificielle. Le groupe Infopro Digital, propriétaire du Moniteur et de L’Usine Nouvelle, prévoit de supprimer 19 postes de secrétaires de rédaction pour les remplacer par cinq « chefs d’édition » assistés par l’IA. Les slogans dans la rue traduisaient cette colère « Dans la presse, l’IA c’est caca » ou « ChatGPT a-t-il sa carte de presse ? ». Au-delà des pertes d’emploi, c’est le rapport de force avec les géants de la tech qui inquiète. Ces entreprises utilisent les contenus des médias sans vouloir les rémunérer, fragilisant encore un peu plus un modèle économique déjà vacillant, entre baisse des recettes publicitaires captées par les plateformes numérique et désaffection pour l’information payante. Une situation qu’Edwy Plenel, cofondateur de Mediapart, résume ainsi depuis le cortège « Quand l’information est attaquée, la démocratie est menacée. Cela fait 50 ans que je fais ce métier, il n’a jamais été aussi fragilisé. »





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