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Ils ont fui dans la montagne pour sauver leur peau

Des centaines de ressortissants étrangers racontent leur calvaire en Afrique du Sud, chassés de leurs foyers par des groupes armés. Beaucoup ont passé des…

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Ils ont fui dans la montagne pour sauver leur peau

Des centaines de ressortissants étrangers racontent leur calvaire en Afrique du Sud, chassés de leurs foyers par des groupes armés. Beaucoup ont passé des nuits cachés dans la brousse, sans savoir s’ils reverront un jour leur maison.

Thomas Vincent Baloyi a passé seize ans en Afrique du Sud. Il y travaillait dans le bâtiment et le jardinage, avec tous ses papiers en règle. Mais ce week-end, des inconnus ont frappé à sa porte. « Tu es un étranger, tu n’as rien à faire ici, va-t-en », lui ont-ils lancé. Il a montré ses documents. Ils n’ont rien voulu entendre. Alors il a fui, comme des centaines d’autres. Dans les montagnes, caché dans la végétation, il a attendu jusqu’à six heures du matin avant de trouver refuge dans une salle communautaire. « Ils nous ont chassés comme des chiens, ce n’est pas juste. Je suis un être humain », raconte-t-il, la voix tremblante.

Depuis plusieurs semaines, des manifestations contre les étrangers en situation irrégulière secouent le pays. Dans un contexte de chômage massif et de criminalité, les migrants sont devenus des boucs émissaires faciles. Le week-end dernier, la colère a dégénéré en violences ouvertes, notamment à Mossel Bay, à 250 kilomètres de là. Plus de cinquante habitations ont été incendiées. Selon le gouvernement mozambicain, cinq personnes ont déjà perdu la vie dans des attaques directement liées à cette vague xénophobe. La police sud-africaine reste floue sur les liens entre ces meurtres et les manifestations.

Dans les petites villes côtières comme Gansbaai, Kleinmond ou Standford, des centaines d’hommes et de femmes originaires du Malawi, du Mozambique ou d’ailleurs s’entassent dans des mosquées et des salles communales. À Gansbaai, une cinquantaine de personnes partagent une seule toilette et un robinet unique dans une mosquée bondée. À Kleinmond, près de cent réfugiés malawites dorment sur des matelas de fortune, entourés de sacs de vêtements et de couvertures. Des bénévoles leur servent des repas chauds. Mais la peur ne les quitte pas. Michael Markson, originaire du Malawi, raconte que des habitants faisaient du porte-à-porte samedi, armés de machettes, pour débusquer les étrangers. « Comme pour chasser quelqu’un », dit-il. Talibo Mbewe, lui, a tout perdu : des voleurs ont pillé sa maison pendant qu’il était caché. « Il vaut mieux rentrer chez nous sans rien que de perdre la vie », souffle-t-il. Déjà, le Ghana a rapatrié trois cents de ses ressortissants par avion. Le Nigeria prépare des vols d’urgence. Le Mozambique annonce que trois cents de ses citoyens ont déjà traversé la frontière. La nuit tombe, et sous une pluie fine, de petits groupes continuent de fuir, emportant leurs affaires dans l’obscurité.

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