Politique
Il dit « Je vous aime » à son peuple et récolte 100 millions de vues
Sur les réseaux sociaux, le Premier ministre arménien affiche une proximité rare avec les citoyens. Mais derrière cette image tendre se cache un dirigeant…
Sur les réseaux sociaux, le Premier ministre arménien affiche une proximité rare avec les citoyens. Mais derrière cette image tendre se cache un dirigeant contesté, à quelques heures d’élections décisives.
Nikol Pachinian ne parle pas comme un chef d’État classique. Depuis son arrivée au pouvoir en 2018, il poste des vidéos en bus, goûte des spécialités locales, et lance des messages simples comme « Je vous aime tous ». Ce seul mot a dépassé les 100 millions de vues sur Instagram. Pourtant, ce même homme est aussi celui qui a perdu la région disputée du Karabakh en 2023, après une guerre de 2020. Dimanche, son parti est donné favori aux législatives. Mais le scrutin est un test : ses choix divisent profondément l’Arménie.
Ses partisans voient encore en lui le héros de la « révolution de velours », ce journaliste devenu leader de rue qui a marché des centaines de kilomètres à travers le pays, dormant à la belle étoile, parlant aux gens depuis des toits ou des cours d’immeubles. Il a défié l’élite post-soviétique et promis des réformes. Mais ses détracteurs lui reprochent la défaite militaire : en 2020, il appelait les Arméniens à « briser l’échine de l’ennemi ». L’année suivante, l’armée azerbaïdjanaise reprenait le Karabakh, provoquant l’exode de dizaines de milliers d’Arméniens et de grandes manifestations. Aujourd’hui, Pachinian se présente comme l’artisan d’une paix nécessaire avec Bakou. Un virage qui passe mal.
Il a aussi engagé un rééquilibrage géopolitique risqué. En se rapprochant de l’Occident, jusqu’à envisager une adhésion à l’Union européenne, il s’éloigne de la Russie, allié historique. Moscou a promis des conséquences sévères. Lui se défend : il ne veut pas rompre, seulement rééquilibrer. Mais ses opposants l’accusent d’abuser des tribunaux et de la police pour réprimer ses rivaux, y compris au sein de l’Église apostolique arménienne. Né en 1975, exilé, emprisonné après des émeutes en 2008, Pachinian connaît bien la clandestinité. Aujourd’hui, il joue de la batterie devant ses fans et a même chanté « La Bohème » avec Emmanuel Macron. Son style détonne, mais ses choix divisent. Les urnes diront si l’amour d’Instagram se transforme en victoire électorale.
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