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Il allait récupérer sa moto, il est mort sous les coups de l’armée

Bryan avait 28 ans. Il a été arrêté par des militaires et roué de coups pendant 40 minutes. Sa mère raconte un cauchemar qui met le gouvernement…

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Il allait récupérer sa moto, il est mort sous les coups de l'armée

Bryan avait 28 ans. Il a été arrêté par des militaires et roué de coups pendant 40 minutes. Sa mère raconte un cauchemar qui met le gouvernement équatorien en accusation.

Depuis trois mois, Monica Franco ne dort plus. Elle ne mange plus. Chaque dimanche, elle se rend sur la tombe de son fils Bryan, à Milagro, dans le sud-ouest de l’Équateur. Ce jeune homme de 28 ans a été arrêté le 16 mars alors qu’il allait chercher une moto chez un mécanicien. Selon le parquet, lui et un ami ont été retenus par des militaires et battus pendant 40 minutes. « S’il était mêlé à une sale histoire, pourquoi ne l’ont-ils pas emmené à la police ? Ils l’ont battu à mort », sanglotte cette mère de famille de 57 ans, vêtue de noir, qui reçoit des journalistes chez elle.

Son ami a réussi à s’échapper. Il a raconté que les soldats avaient jeté Bryan dans une flaque d’eau et lui avaient infligé des décharges électriques dans la langue avec un pistolet. Le corps du jeune homme a été retrouvé à l’hôpital, trempé, couvert de terre, la bouche ouverte. Une de ses sœurs a vu une vidéo filmée par des témoins. « La dernière chose que mon frère a dite, c’est “je n’en peux plus” », confie-t-elle, sous couvert d’anonymat. Le père de Bryan, Patricio Ledesma, accuse directement le président Daniel Noboa. Il estime que le gouvernement a donné trop de pouvoir aux militaires dans la lutte contre les gangs et les cartels.

Sept militaires sont poursuivis pour avoir agi en dehors de leurs fonctions. Deux sont en détention, les cinq autres en liberté conditionnelle. Ils affirment rechercher des trafiquants, mais aucune preuve ne montre que Bryan transportait de la drogue. L’armée elle-même s’est désolidarisée, assurant que les soldats ont agi sans autorisation. L’ami de Bryan, lui, est poursuivi pour trafic de stupéfiants après la découverte de petites doses de cocaïne et de marijuana chez lui. Un juge lui a accordé des mesures de protection. Billy Navarrete, directeur d’une ONG de défense des droits humains, dénonce une pratique courante : « Les militaires attrapent ces jeunes et les frappent violemment pour leur soutirer des informations sur les petits dealers. Ils s’en prennent aux maillons faibles pendant que les caïds restent intouchables. »

L’Équateur, autrefois paisible, est devenu l’un des pays les plus violents d’Amérique latine. L’an dernier, le taux d’homicides a atteint 51 pour 100 000 habitants, un record. Le président Noboa a multiplié les états d’exception et déployé l’armée dans les rues. Mais les dérives s’accumulent. En 2024, quatre enfants arrêtés par l’armée de l’air ont été retrouvés calcinés. Ces six derniers mois, des militaires sont impliqués dans la mort d’un jeune de 19 ans battu à mort et d’un autre de 22 ans tué par balles. En 2025, le pays a déjà enregistré 244 plaintes pour usage excessif de la force et 23 cas présumés d’exécutions extrajudiciaires. La famille de Bryan attend justice. Mais pour sa mère, rien ne pourra ramener son fils.

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