Planète
Huit ans après l’enfer, la douleur ne s’éteint pas
Les flammes ont tout dévoré en quelques heures. Pour les survivants, le cauchemar continue, bien après que les incendies se sont tus.


Les flammes ont tout dévoré en quelques heures. Pour les survivants, le cauchemar continue, bien après que les incendies se sont tus._
Le 23 juillet 2018, un violent incendie ravage la station balnéaire de Mati, près d’Athènes. En quelques heures, les flammes attisées par un vent violent dévalent la colline, engloutissent maisons, voitures et végétation. Le bilan est lourd : des dizaines de morts. Aujourd’hui encore, huit ans plus tard, les victimes vivent avec des séquelles physiques et psychologiques qui ne disparaissent pas. « Le feu ne s’est jamais éteint pour nous », confie Kalli Anagnostou, brûlée à 45% du corps. Son fils, alors âgé de cinq ans et demi, a subi les mêmes brûlures.
Giorgos Kaïris a perdu sa femme Tania Gazeridou ce jour-là. Elle est morte asphyxiée dans sa cuisine pendant qu’il était parti chercher de l’aide. « Une chose me hante : je lui avais donné ma parole que je remonterais la chercher mais je n’y suis pas parvenu », raconte-t-il, la voix serrée. Kalli, elle, montre ses bras couverts de cicatrices. Elle énumère les séquelles : problèmes de peau, risques de cancer, difficultés à marcher certains jours. Son fils ne pouvait plus voir quelqu’un allumer un briquet sans hurler. Pendant des années, il refusait que l’on pose des bougies sur son gâteau d’anniversaire.
Le drame a révélé de graves dysfonctionnements : pompiers arrivés trop tard, absence de coordination. Quatre anciens responsables ont été condamnés à de la prison ferme. Depuis, la Grèce a mis en place un système d’alerte par téléphone, des drones, des satellites et 18 000 pompiers mobilisés. Mais pour Yiorgos Kaïris, ces mesures servent surtout à décharger l’État de ses responsabilités. « Nous vous avons averti, donc si vous restez, c’est votre choix », dit-il avec amertume. Kalli ajoute que ce jour-là, ils cherchaient désespérément de l’aide autour d’eux, mais il n’y avait personne.
Aujourd’hui, Mati a reconstruit ses maisons et la végétation a repoussé. Mais les blessures intérieures restent. « Je ne me sens pas vivante au sens normal du terme », conclut Kalli Anagnostou. Les autorités grecques redoutent un nouvel été éprouvant, alors que le réchauffement climatique rend chaque année les feux plus dévastateurs. Pour les survivants, l’enfer n’est jamais vraiment derrière eux.
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