Monde
Elie Barnavi publie un dictionnaire amoureux d’Israël, pari risqué en temps de guerre


L’historien israélien de 80 ans, ancien ambassadeur en France, signe un ouvrage de 600 pages qui se veut un portrait nuancé d’un pays souvent réduit à des jugements abrupts et polémiques.
Elie Barnavi le reconnaît lui-même, l’exercice est audacieux. En pleine période de conflit, il propose un « Dictionnaire amoureux d’Israël », un livre qui entend offrir une vision équilibrée d’une nation sur laquelle, selon lui, chacun possède un avis tranché. L’auteur, ancien diplomate et figure intellectuelle israélienne, s’interroge sur l’opportunité d’un tel projet en temps de guerre, tout en estimant qu’il n’existe sans doute jamais de moment idéal pour une telle entreprise.
Cet ouvrage, le premier de la célèbre collection à se consacrer exclusivement à Israël, ne se veut pas un simple éloge. Elie Barnavi précise que l’amour n’est pas le seul sentiment qui imprègne ses pages. Dans son avant-propos, il se décrit comme un patriote hostile au nationalisme, un homme de gauche sans rigidité idéologique, un juif laïc attaché à sa culture et un fervent défenseur de la solution à deux États. Conscient de susciter des réactions contrastées, notamment au sein de la communauté juive, il revendique avant tout un travail d’historien, où chaque affirmation se doit d’être rigoureusement exacte.
Le dictionnaire rassemble près de cent cinquante entrées qui explorent les dimensions culturelles, sociales, politiques et religieuses d’Israël, un pays que l’auteur juge parmi les plus complexes et déroutants au monde. Il déplore l’ignorance fréquente qui entoure les débats sur son pays, souvent abordés de manière simpliste et sans nuances. Plusieurs chapitres sont ainsi consacrés à l’explication du sionisme, un mouvement national qu’il serait erroné de considérer comme monolithique, tant il est riche de courants divers et parfois antagonistes.
Elie Barnavi considère David Ben Gourion, l’un des pères fondateurs de l’État hébreu, comme la figure la plus marquante de son histoire. Il a délibérément évité d’écrire sur les dirigeants encore en activité, estimant qu’il est difficile d’en trouver qui méritent une attention particulière. Il évoque le Premier ministre Benjamin Netanyahu, mais se dit soulagé de ne pas avoir à traiter de son cas.
La parution de ce dictionnaire coïncide avec celle d’autres ouvrages sur la région. Le « Nouveau Dictionnaire amoureux de la Palestine », actualisé, signé par l’historien et poète Elias Sanbar, est également disponible. Dans un registre plus personnel, l’essai « Aimer Jérusalem » du romancier Nathan Devers interroge son identité juive après les événements du 7 octobre 2023. L’auteur s’interroge sur la capacité d’un pays à survivre lorsqu’il est confronté à la perspective de sa propre disparition.
L’historien israélo-américain Omer Bartov, spécialiste de la Shoah, dresse quant à lui un tableau très sombre de l’évolution d’Israël dans son ouvrage à paraître. Il estime que seule une pression internationale pourrait sauver le pays de forces qu’il juge néfastes, le transformant en une société autoritaire et messianique. Enfin, l’historien Vincent Lemire et l’ancien diplomate Bernard Philippe proposent, dans leur livre sur Jérusalem, une approche radicalement nouvelle pour sortir du conflit. Ils suggèrent de ne plus attendre un accord de paix pour régler le statut de la ville, mais de partir de Jérusalem elle-même pour construire la paix.





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