Société
Des vaches suisses privées d’herbe française par peur d’un virus
En pleine canicule, les éleveurs suisses doivent garder leurs bêtes en plaine. Une tradition séculaire de pâturage transfrontalier est suspendue à cause…


En pleine canicule, les éleveurs suisses doivent garder leurs bêtes en plaine. Une tradition séculaire de pâturage transfrontalier est suspendue à cause de la dermatose nodulaire.
C’est un crève-cœur pour les éleveurs. Alors que la plaine suffoque sous 40°C, les alpages français du mont Salève restent désespérément vides. Normalement, des milliers de vaches suisses y montent chaque été pour profiter de l’herbe fraîche. Mais cette année, Berne a interdit ce voyage. La raison : la peur d’un retour de la dermatose nodulaire contagieuse, une maladie virale qui ravage les troupeaux. Non transmissible aux humains, elle pousse à abattre tout le cheptel dès le premier cas.
Les conséquences sont lourdes. Mathieu Meylan, éleveur bio à Meinier, a dû envoyer dix de ses vingt laitières en pension à plus de deux heures de route, en Valais. Impossible d’en récupérer le lait, impossible d’en prendre soin comme il le voudrait. Il chiffre ses pertes entre 10 000 et 20 000 francs suisses pour le lait, et jusqu’à 50 000 en ajoutant les coûts indirects : brumisateurs, fourrage, entretien des prés français qu’il continue de louer, ou la fromagerie mobile achetée pour l’alpage et restée inutilisée. Pendant ce temps, les pâturages français jaunissent faute d’être broutés, ce qui augmente même le risque d’incendie.
Cette tradition franco-suisse est vieille de plusieurs siècles. Ni le Covid, ni la Seconde Guerre mondiale ne l’avaient interrompue. En 1745 déjà, Berne avait interdit les passages transfrontaliers par crainte d’une « déplorable maladie de bétail ». Aujourd’hui, l’éleveur Yannik Melly, dont les parents envoyaient leurs vaches en France chaque été, obéit malgré tout : « La dermatose fait peur à tout le monde. » Il a dû garder ses bêtes dans leur bâtiment d’hiver équipé de brumisateurs, ou les mettre en pension. Et pour nourrir son troupeau, il doit faucher ses prés en France, puis payer une taxe à l’importation pour descendre le foin en Suisse. De l’autre côté, l’éleveur français Léon Gros regarde ses pâturages vides, où il accueillait habituellement 20 vaches suisses. Cette année, il perd 3 000 à 4 000 euros. Mais il garde espoir pour 2027 : sans les alpages français, les éleveurs suisses n’ont pas beaucoup d’alternatives, surtout quand les vagues de chaleur rendent la plaine invivable pour leurs bêtes.
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