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Des pousses de pin testées jusqu’à la soif pour sauver nos forêts

En Provence, des scientifiques privent délibérément de jeunes arbres d’eau pour mesurer leur résistance. L’objectif est de préparer la forêt française aux…

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Des pousses de pin testées jusqu'à la soif pour sauver nos forêts

En Provence, des scientifiques privent délibérément de jeunes arbres d’eau pour mesurer leur résistance. L’objectif est de préparer la forêt française aux vagues de chaleur à venir.

Sous une serre du sud de la France, des jeunes pins subissent un traitement de choc. Ils ne reçoivent que 40% de l’eau qu’ils devraient absorber normalement. Résultat : leurs aiguilles sont minuscules, leur croissance s’étire en longueur comme un appel au secours. Ce n’est pas une négligence mais une expérience menée par l’Office national des forêts à Cadarache. Des forestiers venus d’Espagne, du Portugal et d’Andorre observent ces plants pour comprendre comment les forêts pourront survivre aux sécheresses extrêmes des prochaines décennies. Les étiquettes collées sur les pots indiquent le taux d’humidité apporté à chaque variété, du pin de Salzmann au cyprès. Un véritable laboratoire du futur.

Les chercheurs veulent anticiper ce qui attend les arbres dans trente ou quarante ans. En Espagne, les régions méditerranéennes souffrent déjà de sécheresses marquées, explique une enquêtrice forestière. Voir comment ces essences réagissent au manque d’eau aujourd’hui permet de deviner ce qui pourrait arriver dans le nord de l’Espagne demain. En France aussi, la situation est préoccupante. Les épisodes de canicule et de sécheresse se multiplient. Résultat : la mortalité des arbres a doublé en dix ans. La forêt française, pourtant la plus diversifiée d’Europe, montre des signes d’épuisement. L’expérience de Cadarache cherche des solutions, mais les forestiers restent lucides sur les limites de leur action. Replanter toutes les surfaces en changeant d’espèces n’est ni réaliste ni souhaitable, prévient un responsable de l’ONF. Il faut plutôt commencer par de petites parcelles test.

L’autre piste, c’est laisser faire la nature. Les arbres les plus résistants survivent, et leur patrimoine génétique évolue. Une partie d’entre eux réussit à traverser les crises, ce qui donne un espoir à long terme. Les forestiers peuvent aussi adapter leur façon d’intervenir : couper moins, garder plus d’ombre pour protéger les jeunes pousses, doser la lumière. Mais en attendant, sous la serre provençale, les pins continuent de souffrir en silence. Chaque feuille qui ne pousse pas, chaque racine qui s’épuise, est une information précieuse pour imaginer la forêt de demain. Une forêt qui devra apprendre à vivre avec moins d’eau, beaucoup moins.

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