Planète
Des arbres repoussent dans les montagnes afghanes
Après des décennies de guerre qui ont détruit la moitié des forêts, des villages retrouvent le chemin des plantations. Une initiative venue du terrain…
Après des décennies de guerre qui ont détruit la moitié des forêts, des villages retrouvent le chemin des plantations. Une initiative venue du terrain redonne espoir aux habitants et à l’environnement.
Au pied de montagnes dénudées, Ghulam Ali Poya montre du doigt les pentes pelées autour de son village de Char Bagh, dans le nord-est de l’Afghanistan. Autrefois, il y avait là d’épaisses forêts de pistachiers. Les conflits les ont anéanties. Entre l’invasion soviétique en 1979 et la chute du premier régime taliban en 2001, environ la moitié de la surface boisée du pays a disparu, selon un chercheur de l’Université d’État de Caroline du Nord. Les causes sont multiples. Le trafic de bois vers le Pakistan a vidé les forêts de cèdres et de chênes de l’Est. Dans les régions plus arides du centre et du nord, les habitants coupaient pour se chauffer ou cuisiner. Mais depuis une vingtaine d’années, la tendance s’est inversée. Les statistiques nationales montrent une augmentation de 35 % de la surface forestière entre 2011 et 2025, même si quelques provinces continuent de perdre leurs arbres. Aujourd’hui, 2,5 % du territoire afghan est boisé. Les gouvernements successifs, y compris celui des talibans depuis 2021, encouragent les plantations. Kaboul elle-même a reverdi depuis l’an 2000, constatent résidents et scientifiques.
Dans ce pays montagneux aux moyens limités, la gestion des forêts par les communautés locales s’est révélée très efficace. À Char Bagh, la fondation Aga Khan a misé sur une micro-forêt dense, inspirée du botaniste japonais Akira Miyawaki. L’idée est simple planter une grande variété d’arbres sur une petite surface pour restaurer les écosystèmes, lutter contre le changement climatique et soutenir les revenus des familles. Bas Begum Ahmadi, 45 ans, mère de quatre enfants, fait partie de l’aventure. Sur sa parcelle, saules, paulownias et peupliers créent une fraîcheur bienvenue. Les branches serviront de bois de chauffage l’hiver, les feuilles nourriront le bétail. Les grenadiers, abricotiers et kakis donneront des fruits vendus frais ou en confiture. Près de la rivière, les peupliers retiennent le sol pendant les inondations. Cette micro-forêt est devenue un modèle. Les voisins viennent la voir et veulent l’imiter, se réjouit Ghulam Ali Poya. La fondation a déjà financé 500 micro-forêts dans sept provinces. L’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture soutient aussi des associations locales de gestion des forêts, dirigées par des paysans élus. Depuis 2019, cela a permis de planter cinq millions d’arbres. Dans certaines régions, les conseils tribaux traditionnels veillent sur les forêts et infligent des amendes en cas de coupe illégale.
Le gouvernement taliban s’appuie sur le secteur privé, les ONG et l’ONU pour atteindre l’objectif de planter 200 millions d’arbres entre 2023 et 2030. En 2025, le chiffre visé était de huit millions, mais 17 millions ont finalement été plantés. Pour 2026, l’objectif est de neuf millions. Mais tout n’est pas facile. La sécheresse et le manque d’eau tuent parfois les jeunes pousses. Dans la province de Kapisa, 70 % des pins plantés sont morts à cause de la sécheresse. Les autorités recommandent désormais de choisir des variétés locales peu gourmandes en eau. Les mentalités évoluent. Dans la ville de Charikar, 5 000 arbres ont été plantés cette année, et un habitant est venu aider bénévolement, expliquant que c’est bon pour l’environnement. Le chef-jardinier de la pépinière du Premier ministre à Paghman rappelle un proverbe attribué au Prophète s’il ne vous reste qu’un jour, plantez un arbre. Les scientifiques estiment qu’il faudrait faire encore plus, notamment dans les forêts anciennes, face au changement climatique. Depuis les années 1960, la température moyenne en Afghanistan a augmenté de 1,8 °C. À Char Bagh, la micro-forêt a attiré les oiseaux et favorisé la biodiversité. Ghulam Ali Poya résume son conseil ne construisez pas une cage pour un oiseau, plantez un arbre près de votre maison.
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