Faits Divers
Derrière les murs de Bétharram un demi-siècle de violences systémiques
Entre 700 et 1 500 élèves ont été victimes de sévices d’une rare cruauté dans cet établissement catholique. Le rapport d’une ONG dénonce des actes de…


Entre 700 et 1 500 élèves ont été victimes de sévices d’une rare cruauté dans cet établissement catholique. Le rapport d’une ONG dénonce des actes de sadisme et de torture organisés par l’institution.
Pendant des décennies, de 1950 à 2000, des centaines d’enfants ont subi des violences d’une gravité exceptionnelle à Notre-Dame-de-Bétharram et dans d’autres écoles de la même congrégation. Le rapport de l’Institut Louis Joinet, rendu public samedi, s’appuie sur des projections statistiques prudentes pour établir cet ordre de grandeur. Il écarte l’idée d’actes isolés et évoque clairement un système. Trente-sept auteurs, religieux et laïcs, ont été identifiés. Les enquêteurs parlent de crimes de masse. Gifles, piqûres d’eau, abus sexuels, enfants dénudés près d’un cours d’eau gelé. Les témoignages décrivent un sadisme rodé, une mécanique bien huilée de domination et d’humiliation.
Ce qui a permis à ce système de durer, explique le rapport, c’est un mécanisme de silence organisé. La peur, la honte et la domination empêchaient les élèves de parler. Quand des alertes remontaient, elles étaient jugées peu crédibles face à la réputation de l’établissement. Le prestige de l’autorité religieuse et l’attachement de nombreux anciens élèves ont fait écran. L’enquête pointe une défaillance générale des contrôles, de la part de l’Église comme de l’État. Les autorités publiques portent aussi une part de responsabilité, une faute par omission selon les enquêteurs. La thèse d’une simple tolérance à la violence propre à une époque révolue est rejetée. Ici, la dureté était valorisée, institutionnalisée.
Pour réparer, la commission d’enquête préconise un tribunal citoyen. Elle demande aussi un mécanisme de réparation financière, au-delà des 1,4 million d’euros déjà versés à 48 victimes d’abus sexuels. Mais les victimes restent méfiantes. Leur porte-parole a prévenu qu’elles ne se laisseront pas berner par des commissions parallèles. Ils réclament justice, alors que la plupart des faits sont prescrits. Seuls deux hommes ont été mis en examen. Le supérieur général de la congrégation a demandé pardon. Un lanceur d’alerte a lancé un avertissement : les crimes ne resteront pas impunis. L’affaire Bétharram n’est pas une anomalie. Elle montre que la protection des enfants ne peut dépendre du courage de quelques-uns. En France, 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année. La parole se libère, et le tsunami pourrait être dévastateur si toutes les victimes parlent.
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