Société
Dentistes ukrainiens, artisans discrets du lien avec la diaspora


Alors que des millions d’Ukrainiens ont fui la guerre, une profession médicale joue un rôle inattendu dans le maintien des attaches avec la patrie : les soins dentaires attirent chaque mois des centaines d’exilés, prêts à parcourir des milliers de kilomètres pour retrouver leur praticien.
Depuis le début du conflit en 2022, le cabinet d’Oleg Kovnatskyï, dentiste pédiatrique à Kiev, a vu affluer une patientèle singulière. Environ vingt pour cent de ses jeunes patients, soit une quinzaine par mois, viennent de l’étranger. Parmi eux, la quasi-totalité sont des Ukrainiens installés hors des frontières. Ce phénomène, loin d’être isolé, s’observe dans l’ensemble du secteur dentaire ukrainien, où la proportion de clients revenus d’exil ne cesse de croître, selon les responsables de réseaux privés comme Dobrobout.
Plusieurs raisons expliquent cet engouement. Les tarifs pratiqués en Ukraine restent nettement inférieurs à ceux des pays d’accueil européens. Mais l’attrait ne se limite pas à l’aspect financier. Le cadre réglementaire ukrainien autorise, pour les enfants, des sédations légères au protoxyde d’azote, une pratique moins répandue ailleurs. La barrière linguistique joue également un rôle crucial. Chez les plus jeunes, la relation de confiance tissée avec le dentiste au fil des années est souvent déterminante. La peur du soin, amplifiée par l’incompréhension des consignes dans une langue étrangère, pousse de nombreuses familles à revenir au pays pour ces consultations.
Iana Sidko, réfugiée en France depuis 2022, a entrepris le voyage pour que sa fille Daryna, treize ans, retrouve Oleg Kovnatskyï, son dentiste depuis une décennie. Elle salue son approche personnalisée et sa capacité à prendre en compte la sensibilité de l’adolescente. Elle-même profite de ce retour pour se faire soigner, trouvant dans ce geste une forme d’apaisement. Elle envisage un jour de se réinstaller en Ukraine, lorsque les conditions de vie le permettront.
Lors d’une séance récente, le remplacement d’un plombage s’est déroulé sous une musique dynamique, ponctuée des encouragements du praticien. Daryna, une fois l’intervention terminée, a confié que les explications détaillées et constantes de son dentiste atténuaient sa peur et lui redonnaient un sentiment de maîtrise. Le médecin observe que nombre de ses patients profitent de leur séjour en Ukraine pour effectuer plusieurs examens médicaux, comme des analyses sanguines ou des imageries, faute d’un accès aussi simple à l’étranger.
Oleg Kovnatskyï reconnaît que tous les exilés ne rentreront pas. Mais il se dit heureux si, à son modeste niveau, il peut contribuer à faciliter le retour de certains d’entre eux, pour reconstruire et faire revivre le pays.





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