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Culture

Écrire la guerre au Liban, entre urgence et impuissance

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Au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, des auteurs libanais témoignent des difficultés à mettre en mots un conflit imprévisible, tiraillés entre le besoin de témoigner et le sentiment d’impuissance.

Dans une Beyrouth où la vie quotidienne semble parfois normale, le bourdonnement constant des drones rappelle la réalité de la guerre. Pour les écrivains libanais, le défi est immense. Hala Moughanie, présente au festival littéraire, assume un regard lucide sur le rôle de l’art. Selon elle, l’art ne change rien aux situations ni aux décisions politiques. Il a toutefois un devoir de témoignage et de dénonciation, par des formes écrites ou artistiques qui ne prendront tout leur sens que dans des décennies.

D’autres auteurs peinent à structurer un récit sur ce conflit jugé imprévisible entre Israël et le Hezbollah. L’illustratrice Michèle Standjofski, avec sa bande dessinée *Et toi, comment ça va ?*, choisit de raconter ce qu’elle voit et vit, à travers ses échanges avec le dessinateur Charles Berberian. L’écrivain Charif Majdalani, lui, s’attache aux banalités du quotidien que l’actualité néglige. Il raconte des anecdotes ordinaires qui, dans le contexte de la guerre, deviennent extraordinaires. Il estime que personne ne connaît réellement les dessous de ce conflit, et qu’il est inutile de commenter sans cesse ce que l’on ignore.

Écrire ou dessiner devient une manière de prendre du recul face à une réalité écrasante. Pour Michèle Standjofski, le dessin est un processus lent et apaisant, qui permet d’exprimer la colère tout en retrouvant une forme de calme. Elle regrette que cette nuance manque souvent dans les discours sur la région. Hala Moughanie, quant à elle, dit observer et absorber la situation sans pouvoir encore poser des mots sur ce qui se passe, mais elle sait que cette expérience la mènera à écrire.

Cette difficulté à dire s’inscrit dans une histoire plus longue. Michèle Standjofski rappelle que le Liban n’est pratiquement jamais sorti de la guerre, marqué par une succession de conflits et de crises qui nourrissent un sentiment permanent d’instabilité. Face à cette complexité, les auteurs adoptent une posture modeste. Comme le résume l’illustratrice, si l’on a compris quelque chose au Liban, c’est qu’on l’a mal expliqué. La guerre se mêle au quotidien. À Beyrouth, la vie semble normale, mais le bourdonnement des drones est permanent. Dans ce contexte, Michèle Standjofski témoigne à sa mesure, avec son regard et sa sensibilité. Hala Moughanie cherche à englober toutes les nuances d’un Liban fragmenté, sans le réduire à un récit unique.

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